Des murs de verre

Demain, l’information sera présente, reliée sur le réseau ; il sera de plus en plus facile de trouver des ressources. Mais ces ressources contrôlées, surveillées, protégées, pourra-t-on y accéder ? Ou sera-t-on condamnés à regarder, à travers des « murs de verre », ces ouvrages dont on ne pourra que connaître l’existence, et qui seront plus difficiles à communiquer à distance que les ouvrages papier eux-mêmes.

Lire par Charles W. Bailey, "Libraries with glass walls", dans The Public-Access Computer Systems Review, 1990, 1(2).

Oui, c’était il y a 15 ans.

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Aujourd’hui les DRM, demain plus rien

A l’occasion de la transposition de la Directive européenne sur les droits d’auteur dans la société de l’information en droit français, on voit ressurgir quelques articles intéressants sur l’un des points les plus problématiques de cette future Loi dite DADVSI, : la protection juridique des mesures de protection techniques, ou DRM.

Par exemple cet article dans Le Monde qui donne des frissons quand on voit jusqu’où ça peut aller :

Il est en effet encore possible de réenregistrer et d’encoder au format numérique la musique qui sort des haut-parleurs d’un ordinateur personnel. Mais  » aux Etats-Unis, précise M. Espern, on teste déjà des systèmes rendant impossible la conversion de flux analogiques en fichiers numériques ».

Tristan Nitot sur son Standblog nous propose aussi une série de 5 billets pédagogiques sur le sujet :

Pour une vision tout à fait polémique mais très intéressante des DRM et de leurs dangers, on peut visiter ce site. Et on retrouvera avec fruits cette pesante synthèse de Thierry Stoehr sur Formats Ouverts.

Question pour tout le monde : quelle maîtrise aurons-nous encore demain sur nos propres ordinateurs ? Et question pour les bibliothécaires : quel espoir de communiquer et pire encore, de conserver au-delà de quelques courtes années les documents protégés par des DRM, s’il est illégal de seulement penser une seule seconde à envisager de réfléchir à un moyen de pouvoir les contourner ?

Préservation et droits des documents numériques

Rapidement avant que cela ne se perde dans les méandres de mes vacances qui commencent demain :-) voici quelques liens et nouvelles d’intérêt dans des domaines liés à la gestion des documents numériques.

Préservation

les archives nationales anglo-saxones annoncent une nouvelle version de Pronom, la base de données qui répertorie les formats. Ces formats reçoivent un identifiant pérenne, le PUID. On nous annonce aussi l’outil DROID qui permet de détecter le format d’un document en le confrontant aux informations stockées dans Pronom.
A quoi tout cela sert-il, me direz vous ; je ne vais pas entrer dans les détails, mais ça peut être très pratique quand on doit conserver sur le très long terme des documents numériques en masse qu’on n’a pas produit soi-même.
Tout ceci est très bien expliqué sur Ten Thousand Years blog.

Le projet ADAPT est un projet qui vise à construire les modules d’une architecture de préservation distribuée. Ca utilise les Web services et les technologies de grid computing : sounds good. Même source.

Enfin un peu de lecture : cet article repéré par Digitization 101 traite du modèle OAIS en essayant d’en donner une vision applicative ; en fait ça a l’air de parler beaucoup de LOCKSS – un système de préservation qui lui est basé sur du P2P !

Droits

On va nous aider à gérer nos droits numériques ! C’est du moins ce qu’on promet aux bibliothèques dans cet article. Et devinez qui nous offre cela ? Les EDItEUR ! (elle est bonne celle-là). Tout cela tourne autour du format de métadonnées ONIX.

Un petit dernier, encore via Digitization 101, il s’agit d’un rapport sur la meilleure façon d’acquérir des droits pour numériser des ouvrages. L’auteur semble être lié au Million Book project.

Me voilà prête pour les vacances, je passerai peut-être dans le coin mais sans doute pas pour raconter des choses sérieuses. Et sinon à vendredi prochain.

A lire

Aujourd’hui, un peu de lecture…

D’abord cet article dans ArXiv, via Catalogablog, dans lequel est fait le lien entre l’OAI et l’OAIS (ce qui risque de semer encore de la confusion ; pour éclaircir le sujet c’est par ici). Cet article sera présenté à PV 2005.

Ensuite le dernier numéro de First Monday dans lequel on notera en particulier un article de Karen Coyle sur les métadonnées de gestion des droits.

Un petit dernier via ResourceShelf : un article sur les bibliothèques numériques destinées aux enfants, et en particulier l’interface d’ICDL dont je vantais les mérites tantôt.

Copyfraud

Réclamer des droits d’auteurs (ou plus largement de propriété intellectuelle) sur des ouvrages qui sont dans le domaine public, est-ce bien légal ? Les éditeurs de reprint, les institutions de conservation, les éditeurs de collections numérisées ou microfilmées anciennes pour la presse par exemple, ont-ils vraiment le droit de se rémunérer sur le dos du domaine public ? Ou bien est-ce de la « copifraude »…

Une réponse par Jason Mazzone dans un gros article en PDF de plus de 80 pages… en libre accès. Il y est bien sûr question de droit américain mais ça ne nous interdit pas de réfléchir.

Merci à Digitization blog.

On se remet au boulot

Voilà, je suis partie presque 4 semaines, c’est long, et pendant ce temps la bibliothéconomie a continué d’avancer… Je vous propose un petit rattrappage des événements bibliothéconomiques depuis la fin juillet.

17 juillet : OCLC annonce la mise à disposition d’un résolveur OpenURL gratuit. Un mois plus tard, CrossRef en fait autant.

24 juillet : annoncé sur 10kyBlog, est créé un calendrier international des conférences en sciences de l’information – il est pour l’instant complètement vide.

27 juillet : l’IFLA propose un brouillon des FRAR (Functionnal Requirements for Authority Records), l’équivalent des FRBR mais pour les notices d’autorité. A réviser pour le 28 octobre.

29 juillet : OCLC sort le DeweyBrowser, une interface jolie pour parcourir une collection d’e-books classés en Dewey. Un peu gadget mais ya de l’idée.

2 août : sur le FRBR blog , on s’intéresse à l’expression des FRBR en RDF avec deux textes de référence : un pour les core concepts et un autre pour les extended concepts.

3 août : Juriblog annonce dans le nouveau numéro d’Archimag un article sur la blogosphère et son impact dans le monde de la documentation (pas encore lu).

3 août : première publication par le JISC d’un premier bout du Digital Curation Manual, consacré à l’open source.

Août (sans date précise) : plusieurs sources évoquent la création de ColLib, un wiki destiné à organiser l’information en libre accès dans le domaine des sciences de l’info, notamment en permettant l’étiquetage (ou tagging) de notices OAI.

10 août : nos amis de Catalogablog lancent un bookmark partagé qui récapitule les "MARC Tools", outils disponibles pour manipuler le format MARC.

11 août : nos amis de Google annoncent une pause dans le programme Google print, destinée à permettre jusqu’en novembre aux détenteurs de droits de se faire connaître s’ils ne souhaitent pas que leurs ouvrages soient scannés par le "library project". Cette pause est présentée comme une nouvelle fonctionnalité du programme ("new feature"), comme c’est mignon.

17 août : la Library of Congress lance un nouveau site d’étude sur le Copyright, avec pour objectif de faire reconnaître légalement les exceptions propres aux bibliothèques.

Je pense avoir fait à peu près le tour. Mes sources sont les mêmes que d’habitude, excusez la flemme de tout récapituler. La photo vient de la cathédrale d’Auch.

Y a-t-il un juriste dans la salle ?

Le projet Google Print Libraries n’est pas sans inspirer une certaine méfiance et on avait tendance à se dire "il faudrait voir les termes du contrat". Ce jour est arrivé : Librarian.net nous indique que l’Université du Michigan a mis en ligne une copie dudit fameux contrat. Je vous aurais bien mis quelques morceaux choisis, mais c’est du PDF image donc je vais me contenter de résumer.

D’abord, on y apprend que la copie qui sera livrée à la bibliothèque concerne les images, le produit de l’OCR, les références bibliographiques et l’ordre de défilement des images. Donc suffisamment de métadonnées pour les réutiliser, c’est une bonne nouvelle.

Moins drôle :

  • La bibliothèque doit interdire et empêcher techniquement les usages commerciaux et les téléchargements massifs des copies numérisées.
  • Si Google n’utilise pas dans les 3 ans le contenu qu’il a numérisé, la bibliothèque doit détruire sa propre copie.
  • La bibliothèque peut utiliser sa copie sur son site Web mais s’engage à interdire le passage des moteurs de recherche (avec un robot.txt).
  • Google s’engage à ce que les textes soient toujours cherchables gratuitement et les listes de résultats accessibles gratuitement. Rien d’autre.
  • La bibliothèque peut donner accès à sa copie pour les gens qui en ont besoin (persons having a need to access such material) mais pas à tout le monde (public at large).
  • La bibliothèque a le droit de passer des accords de partage de ces documents avec d’autres institutions, la DLF par exemple, mais elle doit associer Google comme "third party beneficiary" de cet accord.

Tout ceci me paraît très restrictif pour des ouvrages du domaine public. Si quelqu’un qui s’y connaît en contrats a envie d’y jeter un oeil… Mais vite, parce que je ne sais pas s’il va rester en ligne très longtemps.

Un penchant pour le droit

Filer droit avec les droits, tel est le conseil que nous donnent deux avocats dans un article de Libé intitulé Droits d’auteur, respectons les règles. Si l’on en croit les auteurs de cet article, l’état d’hostilité ambiante à l’égard de la propriété intellectuelle, ainsi qu’un certain laxisme ou en tout cas une politique d’indulgence à l’égard des "pirates", nous mènent tout droit à la catastrophe : spoliation des ayants-droits, contrat social à géométrie variable… Il n’est pas question de la fin de la créativité artistique, mais presque. Faut-il rappeler à ces gens qu’à l’heure actuelle, la protection de la propriété intellectuelle profite moins aux artistes qu’aux acteurs commerciaux du circuit ? Que le numérique favorise la diffusion des oeuvres et est donc favorable aux artistes, même s’il nuit aux acteurs du modèle économique tel qu’il existe actuellement ? Enfin, que la loi est faite pour favoriser le bon fonctionnement de la société et doit donc s’adapter à ses évolutions, et non les bloquer dans des non-sens et des cul-de-sac par freinage des quatre fers devant les risques du progrès technologique ?

Chez Eolas, découvrons quelques conseils pour filer droit aussi en bloguant. Quelles sont les responsabilités du blogueur à l’égard de ce qu’il édite, de ce que d’autre écrivent sur son site, de son employeur ? Tout ceci est merveilleusement clair et pédagogique comme toujours chez Maître Eolas.

C’est aussi la question des droits qui fait bondir les éditeurs américains devant le projet Google print dans sa version "bibliothèques", dans une lettre de l’AUUP, l’association des éditeurs américains, lettre qu’on a déjà vu citée sur différents blogs. Les éditeurs ne sont pas prêts à voir circuler en libre accès (ou presque) le plein-texte de leurs ouvrages, et ce n’est pas vraiment une surprise, nous connaissons ce problème depuis longtemps avec la numérisation. Lire aussi un article de Gary Price à ce sujet. Les bibliothèques auront quand à elles la préoccupation inverse, bien exposée dans cet article de JB Soufron : les oeuvres du domaine public pourront-elles continuer à être accessibles librement, alors même qu’on travaille à renforcer les barrières techniques qui tendent à faire du contrôle maximal la situation normale ?

Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que la NISO s’intéresse aux droits des documents numériques et ait pour projet d’inciter à normaliser l’expression des droits, et ce également dans un sens positif de garantie de la liberté d’accès et d’usage pour certaines oeuvres, comme avec Creative Commons.

Mise à jour :

Pour vous faire votre propre idée, retrouvez tous les textes officiels ou non dans l’hyperdossier sur les droits d’auteurs de Juriscom.

Pêle-mêle dans les cartons, 2

Toujours en plein déménagement, toujours dans les cartons. Voici ce que j’ai relevé d’intéressant dans mon aggrégateur ventru et débordant :

  • le 2005 special 301 report fait le point sur l’efficacité des droits de propriété intellectuelle dans 90 pays.
  • OAI une interview de la directrice d’OAIster et un témoignage sur la génération de métadonnées en Dublin Core avec un outil nommé My META Maker
  • un article dans Ariadne qui compare trois systèmes de gestion d’entrepôts de documents numériques : LOCKSS, EPrints et DSpace
  • des ressources sur la typographie et l’écriture sur le Web : ici et . J’ai bien apprécié ce site.
  • Dans le dernier Journal de l’IFLA il y a un article sur "Copyright Protection as Access Barrier for People who read differently" (p.52).

Bonne lecture et à dans quelques jours.

Pêle-mêle dans les cartons

Comme vous avez pu le remarquer, je ne suis pas très disponible en ce moment : c’est les vacances, je déménage, dans mon nouvel appartement je n’ai qu’une connexion RTC… et en plus mon hébergeur a des soucis avec ses bases MySQL. Bref, je fais de mon mieux, mais on a l’impression que je délaisse un peu le Figoblog ces derniers temps. Et c’est pas faux.

Sur le principe du carton dans lequel on fourre pêle-mêle, dans l’urgence, tout ce qu’on veut emporter en se disant qu’on fera le tri plus tard, voici donc ce que je peux vous proposer :

  • naissance de Digital Medievalist, une revue d’histoire médiévale en open access (le pendant anglo-saxon de notre médiéviste et l’ordinateur je présume)
  • la TEI a maintenant son wiki, un cadre collaboratif pour annoncer, travailler, partager ses feuilles de styles… un peu vide pour l’instant mais qui sait
  • une webographie sur la couleur pour bien assortir son site Web, à compléter chez les z’ed et chez Lithium. (Pour l’heure c’est plutôt les couleurs de mon salon qui me préoccupent, mais ça peut peut-être marcher aussi ;-)

Je recommande aussi la lecture d’un article sur le rôle des DRM dans l’open access : vous savez, les DRM, ces affreux trucs qui empêchent de faire ce qu’on veut avec les documents. Alors, peuvent-ils avoir une utilité pour le libre accès ? Aussi étrange que ça puisse paraître, la réponse est bien sûr : oui ! Car gérer automatiquement des droits d’accès, ce n’est pas seulement prendre des mesures de protection techniques commerciales. Cela peut aussi être encoder en RDF une licence Creative Commons qui permet de dire aux machines du monde entier qu’on garantit le libre accès à ce qu’on écrit. Et par exemple, de rechercher ces contenus libres avec Yahoo.

Merci à Peter Scott et à Peter Suber. Durée estimée des cartons pêle-mêle : au moins jusqu’à la fin des vacances scolaires…