Les 5 lois de Ranganathan

Me voici encore sur les routes, et pas le temps de bloguer.

Pendant mon absence je vous propose de méditer les 5 lois de la bibliothéconomie de Ranganathan :

  • les livres sont faits pour être utilisés
  • à chaque lecteur son livre
  • à chaque livre son lecteur
  • épargnons le temps du lecteur
  • la bibliothèque est un organisme en développement.

Retrouvez l’ouvrage complet de Ranganathan ici.

Fontenay la nef de l'abbaye

Je vous proposerai une petite réflexion sur les lois de Ranganathan dans le monde numérique à mon retour (des promesses…)

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L’historien, le boucher et la bibliothèque

« Bonjour, je vais prendre deux kilos de sources s’il vous plaît ! »

Ainsi l’historien de demain s’adressera-t-il à son bibliothécaire, comme si c’était son boucher, pour commander de la source qui aura été préparée spécialement pour lui dans des projets comme celui-ci ou celui-là.

Temple de Zeus

N’est-ce pas la marque d’un orgueil démesuré, que de croire que nous pouvons inventer l’histoire de demain en "créant de la source" ? Ou sommes-nous tellement désespérés par les problèmes de préservation des documents numériques que nous pensons que seuls les documents préparés exprès à cette fin arriveront jusqu’aux générations futures ?

Notre travail de passeurs consiste bien à préserver de la source pour les historiens de demain. Mais le Patrimoine, ce n’est pas une chose qu’on peut constituer de manière arbitraire ou hasardeuse. Seule la collecte ouverte, patiente, et représentative de ce tout qu’est le Web d’aujourd’hui, pourra dans le meilleur des cas servir de source aux historiens de demain.

Quand aux projets History Matters ou Time Capsule, tout ce qu’ils apprendront à ces historiens du futur, c’est que nous traversons en ce début de 21e siècle une époque obsédée par sa propre mémoire, et égarée face au passage du Temps et aux changements qu’il apporte.

Merci à Homo Numericus.

Mi-figues, mi-raisin

Voilà une belle expression que je vous propose aujourd’hui d’illustrer à l’aide d’un fromage : le Boursin figues et noix.

Mi-figue, mi-raisin, tel est mon avis concernant ce fromage qui bien que très bon, frais avec un petit goût sucré et le croquant des noix, s’avère un peu décevant du strict point de vue des figues.
En effet, en lisant plus attentivement la liste des ingrédients, on découvre que pour seulement 2% d’une préparation de figues augmentée de sucre, on trouve aussi une certaine quantité de raisins secs entiers. On tombe d’ailleurs aisément sur ces derniers en tartinant le fromage.

Les corinthiens du XVe siècle mélangeaient des figues sèches, plus lourdes et moins coûteuses, à leurs précieux raisins de Corinthe, trompant ainsi leurs acheteurs avec un produit contenant du mauvais et du bon (mi-figue, mi-raisin).
A l’inverse, nos amis de chez Boursin nous vendent du raisin en le faisant passer pour de la figue. Voici une inversion caractéristique du bon (autrefois le raisin, aujourd’hui la figue) et du mauvais (et vice versa).

La figue, première culture de l’humanité

Je remercie simultanément deux lecteurs dont je préserverai ici l’anonymat pour leur sagace découverte : les figues seraient la plus ancienne culture de l’humanité !!!

Les premières figues domestiquées par l’homme dateraient d’il y a près de 12.000 ans, 1000 ans avant les premières cultures de blé ou assimilé, et bien avant la vigne, l’olivier ou encore le dattier. La culture de la figue marquerait la fin des chasseurs-cueilleurs et le début des cultivateurs.

Sources : BBC news et Yahoo News.

Ca me fait penser à la vision symbolique et religieuse de la chose : et ils cueillirent le fruit sur l’arbre, le mangèrent, et tout à coup s’aperçurent qu’ils étaient nus ; il prirent des feuilles de figuier pour s’en vêtir et … voilà, c’est le début de la civilisation.

Archivegrid

Voici un étrange truc que nous annonce RLG, avec un peu de fanfare, pour 2006 : Archivegrid.

Il s’agit de mettre en ligne des ressources archivistiques internationales concernant les personnes, les groupes, les lieux et leur histoire en général, conçu un peu sur le modèle de RedLightGreen.

Comme son nom (et son logo) l’indique, Archivegrid sera quelque chose de plus qu’un portail ou un site fédéré ; un véritable "grid" avec beaucoup de partenaires et une impressionnante interface à facettes (??) dont on se demande ce qu’elle cache comme indexation sujet.

Bref un espèce de méta-inventaire d’archives, apparemment basé sur l’EAD mais pas seulement, qui imite (en mieux ?) les méta-catalogues de bibliothèques. Une future réjouissance pour les historiens. Pour la France on y trouve nos amis de la DAF.

Envie de participer ?

Merci à ResourceShelf.

Le livre, c’est sacré

L’imaginaire du livre, très puissant dans notre société, en fait un objet sacralisé ce qui peut expliquer certaines réticences à passer à autre chose. (Je répète que ce pauvre Gutenberg n’a pratiquement rien à voir là-dedans).

Qu’est-ce qui explique notre attachement viscéral au codex, qu’on pourrait aussi appeler le tourne-page ? Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer sur le sujet une petite citation à la manière de Got :

L’essor du livre-cahier de notes et son passage au livre proprement dit, nous le devons d’abord aux chrétiens et d’une manière générale aux mouvements de religion personnelle du début de notre ère (…) De plus, pour les chrétiens, l’usage du codex leur permettait de se distinguer des Juifs dont les textes sacrés étaient présentés sous forme de rouleau. Ils le sont encore : la Torah, la loi juive, est restée un volumen, unique survivance, dans notre monde, du type de livre usuel dans l’antiquité.

C’était dans Les collections de l’Histoire, oct-dec. 2005 : "Du papyrus au papier, l’invention du livre" entretien avec Jean Irigoin de l’Institut de France.

J’espère que Zid dans son nouveau chez lui Médiévizmes aura quelque chose à dire là-dessus ;-)

Confiture de belles images

Dans la série retrouvons le plaisir de surfer ailleurs que sur les blogs, voici quelques ressources intéressantes dans le domaine de l’histoire du livre, avec plein de jolies choses numérisées…

  • un site qui réunit des plans anciens de Paris numérisés, avec un bon outil de zoom pour les consulter
  • un site qui permet de trouver des cartes de Rome
  • un joli site plein de belles images sur l’histoire du livre et de l’édition à l’époque moderne : Textes rares
  • le site personnel de D. Varry où on trouve de nombreuses ressources en histoire du livre et en particulier en bibliographie matérielle.

Parmi ces dernières je vous recommande tout particulièrement la base de données catalane de marques d’imprimeurs, très pratique et où on trouve plein de jolies choses comme cette licorne de Kerver…

Les aventures de Pierre Cruche sur le Web

L’autre jour, j’étais fort occupée à essayer d’orthographier correctement le nom d’un graveur : Pierre Eskrich, dit "Vase" ou "Cruche" (pas croyable un nom pareil quand même !). Un important graveur lyonnais du 16e siècle, qui a (aurait ?) illustré notamment ça (voir aussi tout plein d’autres resssources ), ça (encore que… pas sûr), ou encore ça.

C’est alors que j’ai découvert le Dictionnaire historique de la Suisse, dans lequel on peut apprendre plein de choses sur l’histoire de la Suisse, gratuitement et en ligne.

Je suis aussi tombée sur ce site : Typographie et civilisation dans lequel on trouve plein de textes sur l’histoire du livre et de la typographie, gratuitement et en ligne.

Et puis j’ai trouvé cette bibliographie très complète sur Bernard Salomon (un collègue de Cruche/Vase).

Je me suis donc promis d’arrêter de faire de la schizophrénie, et d’essayer de pratiquer un peu dans mes recherches ce que je défends habituellement avec tant de verve dans mon travail. J’espère que ça ne perturbera pas trop mes lecteurs bibliothéconomes ;-) allez ça fera un peu de changement.

Histoire et Internet

Je me suis trouvée l’autre jour à cette journée d’étude organisée par la BDIC sur le thème "Classification et histoire". La deuxième journée a commencé par une intervention brillante de Philippe Rygiel dont je ne ferai pas le résumé ici de peur de trahir ses idées… Mais il abordait la question d’Internet utilisé comme source de l’histoire, ainsi que de l’impact d’Internet et de l’informatique d’une manière plus générale sur l’histoire et l’écriture de l’histoire.

Bref, il a cité entre autres ce site : Atlas interactif de l’immigration en France qui est une initative très intéressante. A partir d’une base qui réunit des données sur l’immigration en 1931 et 1936, il permet à l’internaute de choisir ses paramètres pour construire sa propre carte de l’immigration. On peut par exemple demander l’immigration des hommes belges en 1936 et la proportion de belges par rapport aux autres étrangers dans chaque département ;-)

Au passage, je signale que dans la revue de la BDIC Matériaux pour l’histoire de notre temps il y a un numéro spécial sur l’utilisation d’Internet comme source par les historiens (avec un article de Rygiel justement).

Parmi les conclusions de son intervention, Rygiel soulignait que l’histoire savante est presque absente du Web, et qu’en tout cas les historiens qui s’expriment dans les forums ou les listes de discussion ne proposent quasiment jamais de débats ni de textes. Il y voyait une difficulté d’appropriation du média mais aussi, peut-être, la conséquence d’un enjeu de pouvoir, en particulier si le Web devait s’affirmer pour l’historien comme un espace d’expression "libre" hors de son institution. Ca m’a fait penser aux blogs

En 3D

En lisant cet article dans Libé, j’ai découvert ce site qui propose des reconstitutions en 3D de lieux historiques.

Vous pouvez voir les photos d’une villa romaine, d’un cirque romain ou même de latrines romaines.

Dans un autre genre, vous pouvez aussi découvrir la bibliothèque de Montaigne, mais vu comme ça ce n’est pas très pratique pour feuilleter les bouquins. Quelqu’un n’aurait-il pas eu l’idée de pister les exemplaires de la bibliothèque, annotés par Montaigne, pour les numériser et les relier à tout ça ? Je dis ça, c’est juste une idée.

Photo :le système de chauffage au sol de la villa romaine de Seviac, dans le Gers.