Histoire libre

Should Historical Scholarship Be Free? Tel est le titre d’un article que l’on peut lire sur le site de l’Association des historiens américains. Comme on peut l’imaginer, il s’agit de débattre de l’opportunité et de la faisabilité d’appliquer les concepts de l’open access, bien connu en sciences dites dures, aux sciences historiques.

L’auteur de l’article brosse un panorama général accessible pour des gens qui n’auraient (presque) jamais entendu parler de l’Open access. Il termine par une liste de possibilités, incluant celle de faire participer les bibliothèques.

J’ai commencé par me dire, ah mon dieu, encore quelqu’un qui pense que les bibliothèques devraient faire de l’édition. Que nenni : les auteurs sont bien placés pour savoir à qui ils veulent confier leur travail pour le publier (à des éditeurs bien sûr). L’idée est donc tout autre : proposer aux bibliothèques de participer, à la fois financièrement (à la place de payer des abonnements), et par un effort d’archivage pérenne, à la conservation et la diffusion des journaux électroniques. Et en échange de ce service, les offrir en libre accès.

Evidemment, les bibliothécaires savent aussi faire du signalement, comme le montre cette page sur le site de l’Amercian Libraries Association, consacrée à l’histoire médiévale.

Merci à Open Access News et à ResourceShelf.

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Wiki-bibliothèque numérique

On parle beaucoup en ce moment de wikipedia, l’encyclopédie libre, et de wikinews, le site d’actualité libre. Validation de l’information et tout ça, je ne relance pas le débat.

Par contre, avant de lire ce billet de S. Bailly, je n’avais jamais entendu personne s’extasier sur Wikisource : une bibliothèque numérique libre.

Le projet : un site wiki pour permettre à n’importe qui de mettre en ligne des textes libres de droit. On y trouve de tout, de la littérature aux sciences en passant par, devinez quoi… les sources historiques. C’est vrai, quoi, si chacun mettait ses transcriptions d’actes du 17e siècle en accès libre sur un wiki, il y aurait moins de travail pour les paléographes. Mais si vous voulez mon avis, le problème de la validation reste plus que jamais entier.

Wikipedia et le débat sur la validation

C’est un peu du réchauffé, mais je suis désolée, j’ai eu autre chose à faire que bloguer ce week-end.

Le billet de Jean-Baptiste Souffron intitulé "l’encyclopédie libre Wikipedia face aux questions de crédibilité" mérite d’être mentionné puisqu’il rebondit sur une affaire impliquant directement les bibliothécaires.

Tout commence sur le Boston Globe où le débat est lancé sur la question de la validité de Wikipedia, je résume pour ceux qui ne connaissent pas, cette célebrissime encyclopédie libre et ouverte qui sert d’exemple utlime quand on parle de wiki. Le principe : tout le monde (n’importe qui, vous, moi) peut aller sur Wikipedia et modifier, ajouter ou corriger les articles. D’ailleurs j’en avais déjà parlé.

A partir de là, il y a le pour, le contre, le pour, le contre… On peut lire par exemple :

  • cet article dans Syracuse qui assimile (dangereusement) l’avis d’un bibliothécaire à une loi édictée par la profession : Wikipedia, c’est pas validé donc c’est maaal !
  • la réponse sur LBR où d’autres bibliothécaires se posent des questions :

I think that collaborative editing, community publishing and common creative enterprises are at the point where all librarians should read The Cathedral and the Bazaar. We need to start asking ourselves what effect the « bazaar model » could have on our ecosystem, on our economy of ideas and creative enterprise.

  • ailleurs dans le monde réel, Mediatic nous donne son avis sur la conception du libre qu’impliquent les wikis.

Sans vouloir rentrer dans le débat, tous ces articles sont bien intéressants, avec des arguments pertinents dans les deux sens. A lire.

Quelques ressources

C’est le retour de vacances, eh oui, toutes les bonnes choses ont une fin (vous en saurez plus à ce sujet bientôt). Reprenons doucement mais avec sérieux, par la présentation de quelques ressources d’intérêt.

Open Video Project est un répertoire de ressources vidéo libres de droits (ou à peu près) disponibles sur Internet. On peut visualiser des tas de petits films courts du début du 20e siècle, mais aussi des films "publics" américains comme ceux de la Nasa… Pour ceux qui, comme moi, sont trop jeunes pour avoir assisté aux premiers pas de l’homme sur la lune (fichier en Mpeg). Vu à la télé.

Pas encore de ressources, mais un intéressant projet, sur Open Audio books, un projet en forme de blog dont l’idée est d’appeler des bénévoles à lire des chapitres de livres libres de droits pour les diffuser librement sur Internet. En anglais, évidemment. Vu sur Library stuff.

Enfin, spécialement dédicacé à mes amis les historiens du livre, la bibliothèque de l’Université de Virginie diffuse de belles numérisations de livres français du 16e siècle : le site s’intitule Renaissance in print. Un site par ailleurs bien documenté, qui donne des exemples, des explications pédagogiques et des liens sur les différents types d’ouvrages (livres d’emblèmes, livres d’heures, etc.) Hélas pas encore traduit en français, mais ça pourrait venir.

Rien de nouveau

L’idée du jour, c’est que l’information est une denrée recyclable. Même si elle trouve beaucoup de sa valeur dans l’actualité, l’information devient connaissance en étant dûment conservée (ce n’est pas à nous bibliothécaires qu’on va apprendre cela !) Pour preuve…

Robin Good signale un site qui regroupe des composants réutilisables pour les interfaces utilisateur. L’enjeu du site : ne pas réinventer la roue, et faire le point sur le travail qui a déjà été fait en terme d’interface, qu’il s’agisse de Web ou de logiciels. Et en plus ils s’en vantent :

There’s nothing new here.

Ailleurs, on nous démontre en la personne d’Alain Giffard qu’on peut faire un blog avec du rétrospectif plutôt qu’avec de l’actualité. Presque une "archive ouverte" personnelle… et en tout cas certainement une bonne ressource pour faire l’historique des NTIC vues par la Culture depuis dix ans.

Sur Open Access News, on nous rappelle si besoin était que les "nouvelles" technologies, ici OAI, ne remettent pas en cause ce qui fait la base du métier de bibliothécaire. Elles viennent s’inscrire tout naturellement entre deux missions ancestrales ou fonctions solidement établies.

Enfin sur Biblioacid, dans un article remarquable qui nous met l’eau à la bouche pour cette semaine, Hervé Le Crosnier nous conte son attachement au mail comme forme d’écriture dans le ciel, tout en soulignant ce que les blogs changent, et ce qu’ils ne pourront pas changer… peut-être ?

Alors nous y voilà : rien de nouveau. Recyclage de liens, recyclage de choses lues, vues, entendues, recyclage de matériau pour un possible usage futur, tel est le blog : peut-être une tentative désespérée de fixer quelque part, même sous une forme marquée par le sceau du temps qui passe, la fugitive trace des heures passées à parcourir le Web. Un geste bibliothéconomique par excellence.

DOAJ passe à l’article

Le DOAJ est un répertoire de revues en libre accès qui indexe plus d’un millier de titres.

Il vient de lancer, le 3 juin, un moteur de recherche au niveau article (auteur, titre, mots-clef, résumé) qui porte sur environ 270 titres (ceux qui fournissent les métadonnées appropriées). On peut croiser la recherche avec le titre du journal ou l’ISSN pour faire une recherche dans les article d’un titre.

J’ai été un peu en mal d’informations techniques hélas, mais tout ceci semble reposer sur l’utilisation d’OAI et d’OpenURL.

Gratuité, ouverture et participation

Aujourd’hui, c’est bien le jour de clamer haut et fort ces trois mots. C’est le jour de dire que nous ne voulons pas d’une société de l’information tranformée en société de consommation, ni d’un Web verrouillé techniquement et intellectuellement, ni d’un Internet privé de sa liberté d’expression.

L’information a cette particularité d’être un bien dont la valeur augmente lorsqu’on le partage. Signalons donc que l‘open access fait parler de lui dans le grand publicce qui est un signe. Dans le monde des blogs, MediaTic nous fait l’honneur de trois posts sur la gratuité, dont celui du café pédagogique qui aborde l’économie de "coopétition" où la gratuité a tout son rôle à tenir. Ailleurs, Lafeuille cite longuement l’article du Monde de Pierre-Noël Giraud : "Un spectre hante le capitalisme : la gratuité".

Côté participatif, les blogs répondent à l’appel, même si certains pensent que la blogosphère n’existe pas ;-) Ils partagent leurs ressources sans compter. Et bien sûr, ils se font le support d’un moyen d’ouverture capable de changer la face du Web : le RSS (infos intéressantes sur le RSS chez Juriblog, et ici avec mes remerciements).

Les blogs ne seraient-ils pas le Web sémantique d’aujourd’hui, à portée de main ? C’est ce que semble penser l’auteur de cet article sur le semantic blogging. Son idée, mais n’est-ce pas ce que l’on fait déjà :

Our vision is to use semantic web tools and ideas to help move blogging beyond communal diary browsing to rich information sharing scenarios.

Cette info et plusieurs autres aussi intéressantes nous vient de ressourceShelf.

La LEN va-t-elle nous tondre ?

Ce n’est pas dans mes habitudes de faire de la politique. Mais tout de même, je m’inquiète sur la LEN qui passe pour la dernière fois devant l’Assemblée nationale demain. Mon hébergeur a été jusqu’à proposer à l’ordre du jour de sa prochaine AG un vote sur la dissolution de la coopérative.

La LEN est une loi liberticide, elle menace la liberté d’expression. Elle crée un dangereux précédent de législation différenciée pour l’Internet. Dans les bibliothèques on se tue à essayer de montrer que le numérique ne change pas nos missions fondamentales, qu’il faut adapter nos métiers. Pourquoi serait-ce différent dans d’autres domaines ?

Nous vivons dans un monde où l’industrie attaque ses propres consommateurs et peut empêcher les gens intelligents de s’exprimer. Nous vivons dans un monde où les bibliothèques doivent se battre pour pouvoir donner accès à leurs documents, dans un monde où il suffit d’être le premier arrivé pour détenir des droits. Nous vivons dans un monde où il faut contourner la loi pour donner librement ce qu’on produit, et où la liberté n’est pas une évidence mais une victoire.

Ca m’inquiète.

Lectures de référence : sur la LEN chez Padawan et sur Droit et Nouvelles Technologies, sur l’accès ouvert chez Open Acess News… etc.

Google et l’OAI : je t’aime, moi non plus

Dans SPARC Open Access Newsletter du 3 mai, Peter Suber fait le point avec une remarquable honnêteté sur la question suivante : quel intérêt a-t-on, aujourd’hui, à déposer ses articles dans une archive ouverte supportant le protocole OAI-PMH, plutôt que sur le Web "visible", un site perso par exemple, référencé par Google ?

Malgré les différents avantages de l’OAI, Google semble avoir réponse à tout. Aussi l’auteur arrive-t-il, presque malgré lui, à la conclusion suivante :

putting an eprint on your personal web site won’t always be worse, or won’t be much worse, than depositing it in an OA-OAI archive.

L’article fait également le point sur les dernières initatives tendant à permettre aux moteurs de type Google de donner accès au deep Web : le projet OAIster/Yahoo, le projet OCLC/DSpace, le projet Ocean, le projet CrossRef, le moteur A9 d’Amazon…

Les perspectives ne sont donc pas simples… On n’a pas d’un côté les méchants moteurs commerciaux et de l’autre les gentilles archives ouvertes. Par contre, on a un excellent article de synthèse sur le sujet.

Ressources pour les lecteurs, les chercheurs et les bloggeurs

Un peu en vrac, désolée…