Gestion des droits des documents numériques

La première question (ou au moins, une des premières) à se poser quand on met en ligne des documents, c’est sans doute celle des divers droits, de propriété intellectuelle ou autres, qui s’y rapportent. Aussitôt après vient la question des métadonnées qui expriment ces droits, comment les décrire, sous quelle forme, dans quels buts. Dans le domaine émergent du DRM , il est parfois difficile de s’y retrouver.

Heureusement, la Library of Congress présente : le rapport qui tombe à pic par Karen Coyle.

Ce document sur les Rights expression languages fait le comparatif entre quatre solutions qui permettent d’exprimer des droits en XML : Creative Commons, MPEG21, METS Rights et ODRL. Au passage, il montre les rapports entre ces différents schémas et les modèles open source ou des produits comme ceux d’Adobe.

Ce document pointe les questions à se poser avant de se lancer à corps perdu dans la description juridique : ces métadonnées seront-elles lues par des machines ou par des humains ? ont-elles un but informatif ou serviront-elles à contrôler l’accès aux documents grâce à des programmes ? agiront-elles au niveau de l’accès au document lui-même, ou au niveau des contraintes d’usage qui limitent l’utilisation du document une-fois celui-ci obtenu par l’usager ? quelle sera leur interaction avec le système plus global de fourniture de documents ?

Bon point de départ lorsqu’on s’intéresse aux métadonnées de gestion des droits, ce rapport donne de nombreuses clefs. Bien qu’il soit très technique, il amène à réfléchir sur les technologies qui viennent de plus en plus se placer entre le lecteur et le document, et peut aider les bibliothèques à se situer dans ce processus.

Tas de métas

NISO, l’association américaine de normalisation, a mis en ligne les présentations de la journée "Metadata Practices on the Cutting Edge", qui s’est tenue à Washington le 20 mai.

Au programme, un remarquable chapelet de métadonnées en tout genre : RSS, MODS, METS, MPEG-21, PDF-A, ONIX, DSpace… tout le monde est au rendez-vous. Les présentations sont en PowerPoint.

J’en profite pour glisser quelques autres ressources métadonniennes :

  • un article de présentation de METS dans Library Journal par Roy Tennant, qui rappelle l’intérêt de ce format standard pour les bibliothèques numériques en particulier et pour les bibliothèques en général
  • le Tutoriel sur la préservation des documents numériques proposé par Cornell (également disponible en version PDF imprimable, ha ha !)
  • des ressources sur les identifiants pérennes, plein de ressources puisqu’il y en a 5 pages en PDF, signalées par Diglet.
  • et enfin, en français dans le texte, un article du dernier BBF sur ONIX (en accès libre mais il faut passer par la page d’accueil pour s’identifier), qui malgré des positions erronées sur Dublin Core, donne une idée de ce qu’est ce format et de son intérêt pour les métiers de l’édition.

Et juste pour le plaisir de donner cette précision, si personne ne parle de Dublin Core, ce n’est pas parce que c’est un format pas intéressant : c’est parce que c’est un acquis !!!

Bibliothèques bizarres

Les bibliothèques ont tendances à être des objets d’expérimentation pour les architectes très (trop ?) audacieux. En général, la symbolique du lieu, liée à la connaissance, à un déplacement spatial dans le savoir, les inspire. Il faut y ajouter l’aspect high-tech ouvert à toute nouveauté qui se cache sous le concept de médiathèque.

Le dernier exemple de bibliothèque vraiment étonnante ouverte récemment est la bibliothèque publique de Seattle. Une forme étrange, de drôles de couleurs, des espaces de circulation vastes et ouverts … ceux qui aiment les bibliothèques bizarres vont être servis.

J’ai trouvé aussi cet autre projet farfelu auquel on a néanmoins échappé : une réflexion autour de la bibliothèque-livre-page ?!? Un peu dépassé déjà, non ?

Catalogue de manuscrits enluminés : So British !

La British Library a sorti son catalogue informatisé de manuscrits enluminés. Ou plutôt, en langage British, et avec le sens de l’hyperbole approprié :

the first ever digitally illustrated and searchable catalogue of western illuminated medieval and renaissance manuscripts held in the British Library’s collections.

Il est vrai que les fonctionnalités de ce catalogue de manuscrits sont remarquables : on peut faire dès la page d’accueil une recherche rapide dans une seule case à la Google. On nous propose un formulaire pour la recherche simple et un pour la recherche avancée. La recherche par cote est aussi accessible pour obtenir la description d’un manuscrit particulier. Enfin, on nous propose une visite guidée et de naviguer dans un glossaire issu d’un ouvrage imprimé.

En plus c’est joli. Les notices sont longues et détaillées, et s’accompagnent des images des feuillets numérisés (richement enluminés bien sûr).

Comme à son habitude, la British Library nous en met donc plein la vue. On peut simplement regretter que derrière tout cela on ne trouve pas un format standardisé et adapté, comme XML et sa DTD EAD faite exprès (ou presque) pour décrire des manuscrits, mais… une base Access migrée sur Microsoft SQL Server. C’est leur choix. Et il restera chez eux, probablement.

Vu sur RessourceShelf.

Découvertes ?

Des archéologues auraient retrouvé le site de la Bibliothèque d’Alexandrie. 13 salles de lecture, rien que ça. Et les bibliothèques tournées vers leurs usagers seraient une découverte du XXe siècle ?

Etonnante cette découverte alors qu’on venait enfin d’en reconstruire une autre. Avec une propension non négligeable à se virtualiser… et toujours ce grand rêve de la bibliothèque universelle.

Les livres s’exposent

Je ne suis pas sectaire, je ne m’intéresse pas qu’aux nouvelles technologies. J’aime aussi les vieux livres, et plus ils sont vieux, mieux c’est. C’est pourquoi je brûle de signaler quelques expositions à parcourir en ce moment ou bientôt, à Paris ou ailleurs.

Pour commencer dans l’ordre chronologique, il me faudra traverser la Manche. La British Library expose le livre imprimé le plus ancien connu, qui porte la date de 868 : le Diamond Sutra. Ceux qui (comme moi) n’ont pas les moyens de se payer l’Eurostar, peuvent avec de la patience et quelques téléchargements de plug-ins consulter l’ouvrage numérisé, grâce au fameux logiciel "tourne-page" converti pour l’occasion en "déroule-rouleau" (ça fait moins classe, je vous l’accorde).

Retour en France, c’est à Chantilly qu’on découvrira jusqu’au 2 août un des chefs d’oeuvre de l’enluminure, les Très riches heures du duc de Berry. Ceux qui n’aiment pas prendre le train seront ravis de garder le prix du voyage pour acheter plutôt le CD-rom pour la modique somme de 19,95 euros. CD-rom qui contient le manuscrit intégralement numérisé et aussi, paraît-il, une sorte de tourne-page (on doit dire tourne-feuillets pour un manuscrit ? bon, ok, j’arrête…)

En avançant dans le temps, on se contentera du métro mais il faudra tout de même attendre jusqu’au 18 mai pour aller à la Bibliothèque Mazarine découvrir l’exposition "Livres de l’imprimerie des nouveaux caractères de Pierre Moreau (1643-1648)", une exposition autour de la calligraphie imprimée. Si c’est tourner les pages qui vous intéresse (oups j’ai dit que j’arrêtais !) il vous faudra vous rabattre sur la publication dont l’exposition marque la sortie : Poésie et calligraphie imprimée à Paris au XVIIe siècle. Autour de La Chartreuse de Pierre Perrin, poème imprimé par Pierre Moreau en 1647, ouvrage dirigé par Isabelle de Conihout et Frédéric Gabriel, avec une préface d’Henri-Jean Martin. La typographie est un sujet rare, la calligraphie typographique je n’en parle même pas.

Enfin mon coup de coeur, car ce n’est pas tous les jours qu’on voit une grande exposition sur la gravure, la double exposition Abraham Bosse simultanément à Paris et à Tours, ou bien d’abord à Paris puis à Tours pour ceux qui n’ont pas le don d’ubiquité. L’exposition parisienne s’intéresse aux débuts du graveur et aux artistes de son temps, tandis que la partie tourangelle traite de son oeuvre scientifique. Ce sont des estampes… il n’y aura donc aucune page à tourner :o))

Les usagers d’abord

Aujourd’hui grande trouvaille sur Librarian.net : il semblerait que quand on réfléchit aux besoins des usagers pour créer des outils, lesdits usagers les utilisent ! Une découverte qui pourrait révolutionner la bibliothéconomie.

Dans le même ordre d’idées, un article de Library Journal explique ce que les moteurs de recherche pourraient apporter à la réflexion sur la recherche documentaire dans les catalogues de bibliothèques. Réponse… ils conviennent aux gens.

Au fait, pourquoi tout le monde en veut à Google ? On trouve un élément de réponse dans un article de Phil Bradley, dans le dernier numéro d’Ariadne sorti aujourd’hui : l’article fait l’historique des accusations lancées contre Google ces deux dernières années, et conclut qu’il ne faut pas lui jeter la pierre, mais revenir à une saine diversité. C’est une des facettes du Web : le monde selon Google.

Ca n’a aucun rapport, mais il faut tout de même noter que les bibliothèques sont à l’honneur aujourd’hui dans la blogosphère, chez Netlex et MediaTIC, ce dernier ayant tout de même la sagesse de préciser qu’avant que les bibliothèques se mettent à bloguer, il y a du chemin :

cela nécessite surtout de passer du stade du mot « documentation » dans l’utilisation d’Internet (terme très répandu dans le monde des bibliothèques en France) à celui de participation… C’est sans aucun doute un projet de longue haleine.

Bitácoras sobre bibliotecas, información y documentación

Ca faisait longtemps que je me disais qu’en tant qu’hispanophone et hispanophile convaincue, il faudrait un jour que je me décide à faire un tour d’horizon de la blogosphère espagnole (et latino-américaine) pour voir ce qui s’y passait du côté des bibliothécaires. Tout à coup, ça me tombe dessus un peu par hasard, et là, hija, no me lo creo ! dirait sans doute une bonne amie à moi… la blogosphère bibliothéconomique en espagnol est fort active. Pour n’en citer que quelques-uns :

  • catorze le blog s’un bibliothécaire catalan qui a aussi passé pas mal de temps à Paris
  • Blog Bibliotekarios un blog chilien où se trouvent des merveilles de ce genre
  • chacobo encore un catalan
  • Deakialli Docu Mental blog de quatre filles madrilènes, orienté bibliothèques et documentation
  • Véase además un blog à voir aussi comme son nom l’indique ;-)
  • Visto y Leído une caverne d’Ali Baba d’articles divers, cités dans leur intégralité (parfois vraiment excellents)
  • Et même un photoblog sur les BID (l’équivalent des LIS des anglais, en français, euh… SIB ? pour bibliothèques et sciences de l’information ?)

Bref, les bibliothéconomes hispanophones de tout poil se sont promptement approprié l’outil blog. Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Je me demande vraiment ce qu’on attend en France, malgré quelques initiatives. Les bibliothécaires français ont-ils encore besoin de se convaincre que le blog n’est pas un moyen de communication réservé à des adolescentes égocentriques ou à des geeks dépressifs, inaptes à la vie sociale ? Si c’est le cas, ils devraient lire ceci.

La sagesse du bibliothécaire

Michel Melot est grand. Ca, on le savait déjà. Il nous le confirme avec ce petit opuscule délicieux, énorme et subtil à la fois, ouvrage qui se prétend de vulgarisation sur le métier de bibliothécaire et qui, en réalité, embrasse d’un regard plus qu’élevé l’horizon des bibliothèques.

La Sagesse du bibliothécaire, paru chez l’Oeil neuf le mois dernier, est un petit bijou de bibliothéconomie, écrit avec un lyrisme ébouriffant, mais pas dépourvu de références. Il va jusqu’au bout de ses métaphores, pousse ses raisonnements jusqu’au delà des limites, là où on peut tout dire et tout oser.

On y découvre, entre autres, que le métrage linéaire de la bibliothèque de Babel est de 6,9 x 10 puissance 1834097 années-lumières, que « le livre est né du pli (…) le pli opère ce prodige de transformer une forme simple en une forme complexe sans rien y ajouter », que « ce n’est pas un métier que d’être bibliothécaire (…) c’est plutôt un état, une complexion » et même que « la bibliothèque sans livres, on pourra l’appeler (…) médiathèque, cyber-café ou tout simplement peut-être un jour, l’Univers ».

Comment citer ce livre sans le trahir, quand chacune de ses phrases est un nectar à faire pâlir même Nathanuel Bermoclo.

Lisez-le !

Culture alternative pour les bibliothèques

Hier, à Malte, on a pu observer une intéressante tentative de record du monde de retour en retard : 42 ans, c’est pas mal, mais je crois qu’il y a déjà eu pire (et je ne parle que de gens qui finissent par ramener les bouquins un jour).

Tout ceci me ramène à un des enseignements essentiels de notre formation : un bibliothécaire se doit d’avoir un solide sens de l’humour, une forte propension à l’autodérision, et un goût certain pour le bizarre, l’étrange et l’inhabituel.

Pour ceux qui en voudraient toujours plus, voici un site pour les bibliothécaires underground sur le Web, qui recense plein de liens vers des sites perso, des sites drôles et mêmes des hauts lieux de la pornographie bibliothéconomique.

On s’amuse aussi beaucoup chez le laughing librarian et en faisant les boutiques sur librarism.com.

Plus sérieusement (ou pas), deux bonnes adresses qui listent des blogs de bibliothécaires : classés par pays ou par ordre alphabétique. Il y a de l’activité. On en trouve aussi quelques-uns, en élargissant à cet étrange domaine nommé "architecture de l’information", sur le nouveau site de ressources sur ce sujet ouvert aujourd’hui, AIFIA.org