La fin du booléen ?

J’ai lu hier un intéressant article intitulé Is Boolean Dead?, signalé à raison par Diglet. L’auteur compare les professionnels de l’information aux Macs et aux Ipod. Les premiers savent que leur système, bien qu’un peu cher, est le meilleur, et ils n’en démordent pas. Les seconds ont compris qu’ils ne survivront que grâce à l’interopérabilité, à l’ouverture, et en allant au devant des attentes de leur client, et pas en attendant que celui-ci s’adapte à leur système. L’article poursuit en abordant la question de ces moteurs de recherche qui offrent une visualisation graphique de l’information.

C’est vrai que vu le bruit qu’a fait ces derniers temps la sortie de Gnod ou de Newsmap, il semblerait que ces outils perdent leur image de gadget et soulèvent de plus en plus d’intérêt. Peut-être deviendront-ils des outils ordinaires et indispensables dans l’Internet de demain. Il faudra alors mettre nos OPAC à la page et, peut-être, enterrer le docteur ET-OU-SAUF bien profond sous les couches d’une interrogation plus intuitive que jamais.

Plus d’infos sur la cartographie d’informations chez outils froids.

Modèles conceptuels : à quoi ça sert ?

Modéliser les métadonnées, décrire d’une manière abstraite et conceptuelle un cadre dégagé des contraintes des formats et des langages pour créer la description universelle, tel est le défi un peu fou que se sont lancé, aux antipodes l’un de l’autre, les FRBR et le RDF. Les unes émanent de l’IFLA, l’autre du W3C, c’est dire si leur raison d’être est différente, liée pour les unes à la famille Marc, pour l’autre à XML.

Mais en fait, rien ne nous empêche de décrire une ressource Web suivant le modèle des FRBR. Et rien ne nous interdit d’utiliser RDF pour encoder les métadonnées d’un livre.

Alors, ces modèles conceptuels de métadonnées, concrètement, quand va-t-on les utiliser, et à quoi vont-ils nous servir ? Voici deux exemples d’outils-démo qui peuvent nous aider à en avoir une idée :

  • Fictionfinder est un outil créé par OCLC pour naviguer dans des notices de fiction. On peut y suivre les différentes manifestations d’un récit, les traductions d’une oeuvre ou encore les apparitions d’un personnage dans différents romans.
  • Sesame est une base de données d’interrogation de métadonnées en RDF basée sur un logiciel open source. La démo museum donne une idée de la modélisation en RDF de ressources muséographiques signalées sur Internet, et de la manière d’y naviguer en suivant les métadonnées en RDF. Tout en testant les différents langages d’interrogation existants.

Et pour ceux qui se sentent vraiment trop perdus dans la jungle souterraine des modèles et formats de métadonnées, un conseil : prenez le métro !!!

Blogs pour tous

Après les bibliothèques qui bloguent, voici les bibliothèques qui font bloguer.

La bibliothèque de l’Université du Minnesota lance UThink, un projet qui consiste à proposer l’hébergement de blogs sous Movable Type à tous les étudiants, professeurs et autres membres de l’Université. Chacun peut créer un nombre illimité de blogs, individuellement ou par groupes, et peut aborder les sujets qu’il souhaite.

Pourquoi une bibliothèque se lance-t-elle dans un tel projet ? La réponse ici :

the Libraries have numerous goals with this project: to promote intellectual freedom, to help build communities of interest on campus, to investigate the connections between blogging and the traditional academic enterprise, and to retain the cultural memory of the institution.

Certes, cela s’appuie sur les missions reconnues des bibliothèques, mais on voit là quelque chose de nouveau. Et de difficile à définir. Peut-être le pendant virtuel d’un rôle essentiel mais encore assez ignoré, voire rejeté, de la bibliothèque : celui de lieu de sociabilité.

Merci à Library Stuff et à Peter Scott d’avoir relayé l’info.

Quels outils pour les bibliothèques de demain ?

Quelle est la tendance actuelle des fournisseurs de logiciels de bibliothèque ? C’est la question à laquelle répond un article instructif de David Dorman. Et d’ailleurs, apparemment, la réponse ne lui a pas fait plaisir, puisqu’entre temps, il s’est mis à l’évangélisme (NB pour les non-geeks : rien à voir avec une révélation mystique, il s’est juste lancé dans l’apologie du logiciel libre) et a publié cet excellent article à ne pas manquer sur le logiciel libre en bibliothèque, mais revenons à nos moutons.

Nos fournisseurs de logiciels de bibliothèque, donc, ne cherchent plus à converger vers des fonctionnalités identiques, très bibliothéconomiques, qu’ils maîtrisent au demeurant parfaitement. Au contraire, ils divergent vers des fonctions nouvelles dont ils font leur spécialité et leur spécificité sur le marché : qui le wi-fi, qui RFID, qui le data-mining, qui la recherche fédérée.

Tiens, à propos de recherche fédérée, l’autre jour j’en parlais comme d’un fantasme, mais elle a aussi ses détracteurs. Voici un bon exercice pour s’entraîner à réfuter les arguments les plus éculés, voire farfelus contre le metasearch. On a droit à tout, depuis les fonctionnalités de recherche qui manquent, jusqu’au pauvre lecteur désemparé devant une information hétérogène, en passant par l’impossibilité d’égaler Google, la médiocrité supposée des résultats et le coût trop élevé. Et puis enfin, il n’a qu’à apprendre à faire ses recherches documentaires tout seul, le lecteur, ou demander de l’aide aux bibliothécaires, ils sont là pour ça.

De l’autre côté de la force, il y a ceux qui l’ont fait : en l’occurence, un groupe de partenaires de la région Languedoc-Roussillon. Il publient dans le nouveau numéro de Documentaliste, la revue de l’ADBS, un article qui raconte leur croisade de 6 ans pour mettre en place AskOnce, le logiciel qui génère la recherche fédérée pour leur Bibliothèque Ouverte. Eux, ils ont songé à faire gagner du temps à leurs lecteurs et à augmenter la visibilité de leurs ressources.

Et c’est pas tous les jours qu’on voit des bibliothécaires qui ne cherchent pas à tout prix à rester indispensables.

En retard

Bien que la douceur fertile du mois de mars nous aie apporté une intéressante floraison de blogs francophones sur la bibliothéconomie, les sciences de l’information, et accessoirement la confiture de figues, il faut reconnaître que nous sommes notoirement en retard.

En effet, comme en témoigne Blog without a library, le monde anglosaxon compte à ce jour une centaine de blogs de bibliothèques. Comprenons-nous bien : pas de blogs de misérables particuliers anonymes qui racontent une vie vaguement teintée de bibliothéconomie, comme votre serviteuse ; non, de vrais blogs "institutionnels" qui remplacent avantageusement la lettre d’info du site ou les actualités.

Toujours chez notre amie du blog sans bibliothèque, on trouve une intéressante bibliographie sur la réflexion des bibliothèques autour des blogs, et ce qu’ils peuvent apporter, en tant qu’outils de veille et de communication, aux bibliothèques et aux bibliothécaires.

Alors, à quand le fil RSS personnalisable qui permettra à nos lecteurs d’être informés des prochaines animations culturelles, ou des nouveautés du catalogue dans le thème qui les intéresse ?

To be or not to be

L’opinion d’une partie de la profession selon laquelle le métier de bibliothécaire serait voué à une lente mais inexorable agonie me laisse songeuse.

Quand je disais que le match Bibliothécaires vs. Google n’étais pas gagné, ou plutôt pas perdu, de notre point de vue, je n’imaginais pas que le directeur technique de Google lui-même, Craig Silverstein, apporterait de l’eau à mon moulin en déclarant :

My guess is about 300 years until computers are as good as, say, your local reference library in doing search. But we can make slow and steady progress, and maybe one day we’ll get there.

Merci, Merci, c’est trop d’honneur.

L’idée que le professionnel de l’information est la personne la plus apte à maîtriser les énormes flux d’information de la société du même nom, en toute complémentarité avec les robots googeliens et autres moteurs automatisés, est partagée par d’autres. En témoignent l’article de Dider Frochot sur Defidoc, ou encore l’interview de Marcus P. Zillman par Robert Good, intitulée The Future Of News: The Digital Information Librarian. Le grand atout du bibliothécaire de demain résiderait donc dans ses compétences en recherche documentaire, ainsi que dans sa capacité à traiter l’information de manière structurée.

Son deuxième atout, c’est bien sûr la bibliothèque. Une bibliothèque consciente de ses grandes missions, conserver, décrire, donner accès, et capable de les transposer au monde du numérique. Et quel plaisir de voir les adeptes de Google s’émerveiller devant les richesses, complémentaires à leurs trouvailles sur le Web, qu’ils découvrent dans les bases de données des bibliothèques publiques.

Merci à LISNews, Outils Froids, Library Link of the Day et RessourceShelf pour l’espoir.

Salon du livre

Comme chaque année, mars est le mois du retour du printemps, du soleil, des petits oiseaux et… du salon du livre !

J’ai entendu dire que notre merveilleux salon était déserté par les bibliothécaires désabusés qui trouvent que c’est toujours la même chose. En ce qui me concerne, j’ai une affection toute particulière pour cet événement, et je n’ai pas l’intention de louper la fameuse journée professionnelle du lundi.
Cette année, outre la Chine bien sûr, les sujets à l’honneur ont tout pour me plaire, ils tournent autour de graves questions comme l’avenir de notre métier, les droits d’auteur, les mutations liées au numérique.

Au programme de la journée de lundi, à noter par exemple :

  • Accès à l’information et droits d’auteur: une solution équilibrée est-elle encore possible? organisé par l’AAF, l’ABF, l’ADBDP, l’ADBGV, l’ADBS, l’ADBU, l’AIBM, la FFCB. Salle Dragon de 11h à 12h30.
  • De la production à la diffusion : service d’édition électronique et portails thématiques, organisé par l’INIST-CNRS, de 11h à 12h au bar des sciences
  • Droits d’usage des corpus pour la recherche et l’enseignement, organisé par l’ATILF-CNRS, de 12h 10 à 13h10 au bar des sciences toujours
  • L’avenir des bibliothécaires est-il derrière eux? organisé par l’ENSSIB, de 17h30 à 19h salle Dragon
  • L’Europe des bibliothécaires: quelles formations, quels métiers? aussi par l’ENSSIB, de 13h30 à 15h salle Sérénité
  • La bibliothèque face aux mutations de la chaîne du livre, organisé par Livre Hebdo et Electre, de 11h à 12h30 salles Confucius et Sérénité
  • Le projet de loi Droit d’auteur : ses incidences en matière d’édition traditionnelle et numérique, organisé par Image Juridique, de 15h30 à 17h salle Jade.

Y a de quoi faire ! Alors bonne visite !

Des bibliothécaires et des geeks

Il y a quelques semaines, Kendall Grant Klark nous annonçait l’ouverture d’une nouvelle colonne sur XML.com, intitulée Hacking the library. Son objectif était de s’inspirer des compétences des bibliothécaires pour gérer des collections personnelles d’objets numériques et analogiques. En gros, la redécouverte par les geeks trentenaires, à l’échelle de leur salon, de nos grandes questions existentielles : la gestion des bibliothèques hybrides (élégamment rebaptisées dijalog lifestyle), la recherche simultanée dans des contenus numériques et des catalogues d’objets analogiques…

Aujourd’hui, il tient parole et son premier article est un intéressant point de vue extérieur sur les bibliothèques comme lieux rêvés d’organisation, et sur les systèmes de classification.

Et puis, c’est toujours agréable de voir des gens qui reconnaissent nos compétences, surtout quand c’est des geeks…