La LEN va-t-elle nous tondre ?

Ce n’est pas dans mes habitudes de faire de la politique. Mais tout de même, je m’inquiète sur la LEN qui passe pour la dernière fois devant l’Assemblée nationale demain. Mon hébergeur a été jusqu’à proposer à l’ordre du jour de sa prochaine AG un vote sur la dissolution de la coopérative.

La LEN est une loi liberticide, elle menace la liberté d’expression. Elle crée un dangereux précédent de législation différenciée pour l’Internet. Dans les bibliothèques on se tue à essayer de montrer que le numérique ne change pas nos missions fondamentales, qu’il faut adapter nos métiers. Pourquoi serait-ce différent dans d’autres domaines ?

Nous vivons dans un monde où l’industrie attaque ses propres consommateurs et peut empêcher les gens intelligents de s’exprimer. Nous vivons dans un monde où les bibliothèques doivent se battre pour pouvoir donner accès à leurs documents, dans un monde où il suffit d’être le premier arrivé pour détenir des droits. Nous vivons dans un monde où il faut contourner la loi pour donner librement ce qu’on produit, et où la liberté n’est pas une évidence mais une victoire.

Ca m’inquiète.

Lectures de référence : sur la LEN chez Padawan et sur Droit et Nouvelles Technologies, sur l’accès ouvert chez Open Acess News… etc.

Google et l’OAI : je t’aime, moi non plus

Dans SPARC Open Access Newsletter du 3 mai, Peter Suber fait le point avec une remarquable honnêteté sur la question suivante : quel intérêt a-t-on, aujourd’hui, à déposer ses articles dans une archive ouverte supportant le protocole OAI-PMH, plutôt que sur le Web "visible", un site perso par exemple, référencé par Google ?

Malgré les différents avantages de l’OAI, Google semble avoir réponse à tout. Aussi l’auteur arrive-t-il, presque malgré lui, à la conclusion suivante :

putting an eprint on your personal web site won’t always be worse, or won’t be much worse, than depositing it in an OA-OAI archive.

L’article fait également le point sur les dernières initatives tendant à permettre aux moteurs de type Google de donner accès au deep Web : le projet OAIster/Yahoo, le projet OCLC/DSpace, le projet Ocean, le projet CrossRef, le moteur A9 d’Amazon…

Les perspectives ne sont donc pas simples… On n’a pas d’un côté les méchants moteurs commerciaux et de l’autre les gentilles archives ouvertes. Par contre, on a un excellent article de synthèse sur le sujet.

Les usagers d’abord

Aujourd’hui grande trouvaille sur Librarian.net : il semblerait que quand on réfléchit aux besoins des usagers pour créer des outils, lesdits usagers les utilisent ! Une découverte qui pourrait révolutionner la bibliothéconomie.

Dans le même ordre d’idées, un article de Library Journal explique ce que les moteurs de recherche pourraient apporter à la réflexion sur la recherche documentaire dans les catalogues de bibliothèques. Réponse… ils conviennent aux gens.

Au fait, pourquoi tout le monde en veut à Google ? On trouve un élément de réponse dans un article de Phil Bradley, dans le dernier numéro d’Ariadne sorti aujourd’hui : l’article fait l’historique des accusations lancées contre Google ces deux dernières années, et conclut qu’il ne faut pas lui jeter la pierre, mais revenir à une saine diversité. C’est une des facettes du Web : le monde selon Google.

Ca n’a aucun rapport, mais il faut tout de même noter que les bibliothèques sont à l’honneur aujourd’hui dans la blogosphère, chez Netlex et MediaTIC, ce dernier ayant tout de même la sagesse de préciser qu’avant que les bibliothèques se mettent à bloguer, il y a du chemin :

cela nécessite surtout de passer du stade du mot « documentation » dans l’utilisation d’Internet (terme très répandu dans le monde des bibliothèques en France) à celui de participation… C’est sans aucun doute un projet de longue haleine.

Rue du figuier (suite)

La rue du figuier, à Paris, se caractérise par la présence d’un beau figuier, d’une belle bibliothèque, et par sa présence dans l’oeuvre de Marivaux.

Dans les Fausses confidences de Marivaux, le malicieux Dubois envoie paître Arlequin dans la fameuse rue du
Figuier pour faire aboutir son projet, des plus charmants : le mariage de Dorante et d’Araminte. Il s’agit de savoir où se trouve la rue du Figuier et à cette occasion, Arlequin se fait embobiner par Marton, dont les charmes lui font perdre la tête.

La figue, sa saveur, son aspect dodu et le fabuleux contraste de texture entre son enveloppe et son coeur à la fois granuleux et juteux cristalise les passions et les désirs. Marivaux a choisi cette rue à dessein.

Je remercie Agathe pour cette utile précision.

J’ai ouï dire aussi qu’il y avait à Paris un figuier quai Tino Rossi : mais celui-là, aucune chance hélas qu’il ait été cité par Marivaux.

Toute collaboration visant à m’aider à répertorier les figuiers de Paris est bien sûr la bienvenue.

Internet, pour ou contre la vraie vie ?

Les accros de l’informatique, et en particulier d’Internet, passent assez souvent pour des asociaux. Les bloggeurs, je n’en parle même pas ! Mais sérieusement, est-ce que les blogs sont un frein au contact oral entre les gens ? On trouve des éléments de réponse sur le blog ZeligPlace, un blog sur… le blogguing.

Autre aspect intéressant de la question : les moteurs de recherche. Les moteurs de recherche (bon assez de fausse pudeur, disons-le, Google) sont-ils encore des moteurs de recherche, ou des outils de gestion de la vie ? Ou comment imaginer un monde où les problèmes de notre vie quotidienne se règleront tous seuls grâce à Internet. L’exemple culinaire est intéressant mais un peu facile. LucDesk a toutefois raison de soulever cette citation comme la phrase du jour :

« Search engines are going to die eventually and they will be replaced by problem solving engines. »

Les bibliothécaires seront-ils remplacés par une sorte de profession omniprésente, fortement marquée par la philosophie zen, dont le rôle serait d’aider les gens à résoudre les problèmes de la vie ? Ca serait rigolo ;-) …

Promenade urbaine

J’habite à Paris, et j’adore cette ville.

D’accord, je comprends qu’on puisse trouver qu’elle a des côtés pénibles, qu’on puisse en avoir marre, mais elle est fascinante. J’adore me promener pour la centième fois dans une rue et être encore surprise par un détail insolite ou juste parce que je lève les yeux.

Je ne suis pas la seule, si j’en crois ce magnifique photoblog dont l’auteur (espagnol !) mitraille Paris avec passion et humour.

J’adore me promener dans Paris au fil des pages d’un livre, et j’adore l’idée de trouver un livre au fil des rues de Paris.

Et même, j’aime bien l’idée de vider un grenier, pas de ses livres, mais de ses trucs de geek dans un délire bellevillien à la Pennac, en futuriste mais toujours décalé.

Merci à Javier, à lafeuille, et à Mediatic pour cette charmante promenade.

Droits d’auteurs, où va-t-on ?

Ceux qui, en faisant une recherche dans Google, sont un jour tombés avec indignation sur cette petite phrase :

Suite à l’application de la loi américaine sur le copyright intitulée Digital Millennium Copyright Act (DMCA), nous avons éliminé 5 résultat(s) de cette page. Si vous le souhaitez, vous pouvez prendre connaissance de la réclamation DMCA ayant entraîné l’élimination de ces résultats.

seront probablement intéressés par ce long article de Craig Walker, cité par Diglet encore lui, qui traite des rapports entre le DMCA et les moteurs de recherche. Il observe que les termes du DMCA s’appliquent particulièrement mal aux moteurs de recherche, et dénonce le risque de voir les mesures de ce type museler la liberté d’expression sur Internet. C’est un texte très complet qui prend le temps de placer le contexte, mais qui est malheureusement selon Gray price déjà dépassé.

Bien qu’il soit américain, le DMCA nous concerne, d’autant que la naissance de son petit frère européen nous pend au nez. Alors, prenez une grande marmite, mettez-y la LEN, le DMCA, la directive européenne sur le droit d’auteur dans la société de l’information, la directive européenne sur le renforcement de la propriété intellectuelle, et les DRM, et vous obtiendrez une merveilleuse confiture juridique, parfaitement apte à empêcher l’information de circuler librement.

C’est pourquoi, même si ça n’apporte rien de nouveau, il est toujours intéressant de lire des textes comme celui-là (signalé ici).

Bitácoras sobre bibliotecas, información y documentación

Ca faisait longtemps que je me disais qu’en tant qu’hispanophone et hispanophile convaincue, il faudrait un jour que je me décide à faire un tour d’horizon de la blogosphère espagnole (et latino-américaine) pour voir ce qui s’y passait du côté des bibliothécaires. Tout à coup, ça me tombe dessus un peu par hasard, et là, hija, no me lo creo ! dirait sans doute une bonne amie à moi… la blogosphère bibliothéconomique en espagnol est fort active. Pour n’en citer que quelques-uns :

  • catorze le blog s’un bibliothécaire catalan qui a aussi passé pas mal de temps à Paris
  • Blog Bibliotekarios un blog chilien où se trouvent des merveilles de ce genre
  • chacobo encore un catalan
  • Deakialli Docu Mental blog de quatre filles madrilènes, orienté bibliothèques et documentation
  • Véase además un blog à voir aussi comme son nom l’indique ;-)
  • Visto y Leído une caverne d’Ali Baba d’articles divers, cités dans leur intégralité (parfois vraiment excellents)
  • Et même un photoblog sur les BID (l’équivalent des LIS des anglais, en français, euh… SIB ? pour bibliothèques et sciences de l’information ?)

Bref, les bibliothéconomes hispanophones de tout poil se sont promptement approprié l’outil blog. Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Je me demande vraiment ce qu’on attend en France, malgré quelques initiatives. Les bibliothécaires français ont-ils encore besoin de se convaincre que le blog n’est pas un moyen de communication réservé à des adolescentes égocentriques ou à des geeks dépressifs, inaptes à la vie sociale ? Si c’est le cas, ils devraient lire ceci.

Architecture de l’information

J’ai mentionné trop rapidement la dernière fois l’architecture de l’information, et son site phare, l’AIFIA, qui possède également une traduction française. En creusant un peu, ce domaine semble vraiment digne d’intérêt.

Aussi voudrais-je enrichir les plate-bandes des voisins en ajoutant quelques ressources "IA" notamment sur le Web sémantique :

  • un document qui compare les topic maps avec les autres types de métadonnées
  • un site wiki sur l’IA bourré de ressources, et en plus intelligemment agencé (c’est le moins qu’on puisse espérer…) avec ses index et ses backlinks… et qui, cerise sur le gâteau, recense des blogs sur le sujet
  • une page-ressource assez indigeste mais bien complète sur RDF.

A nous le Web sémantique ! Nous devons toutes ces adresses à nos amis les techie librarians. Mais je m’aperçois que j’ai encore frappé presque dans le tout anglophone, alors pour compenser, je vais rajouter deux blogs sympathiques en français : le blog de Fred Cavazza actuellement en vacances, et AkaSig en français à ses heures.

Enfin, n’oublions pas la phrase du jour :

« L’internet est un navire qui peut nous porter sur les rivages resplendissants, mais il ne faut pas oublier que des requins dangereux nous guettent. »

Et son utile complément (hommage) :

« Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes ».

La sagesse du bibliothécaire

Michel Melot est grand. Ca, on le savait déjà. Il nous le confirme avec ce petit opuscule délicieux, énorme et subtil à la fois, ouvrage qui se prétend de vulgarisation sur le métier de bibliothécaire et qui, en réalité, embrasse d’un regard plus qu’élevé l’horizon des bibliothèques.

La Sagesse du bibliothécaire, paru chez l’Oeil neuf le mois dernier, est un petit bijou de bibliothéconomie, écrit avec un lyrisme ébouriffant, mais pas dépourvu de références. Il va jusqu’au bout de ses métaphores, pousse ses raisonnements jusqu’au delà des limites, là où on peut tout dire et tout oser.

On y découvre, entre autres, que le métrage linéaire de la bibliothèque de Babel est de 6,9 x 10 puissance 1834097 années-lumières, que « le livre est né du pli (…) le pli opère ce prodige de transformer une forme simple en une forme complexe sans rien y ajouter », que « ce n’est pas un métier que d’être bibliothécaire (…) c’est plutôt un état, une complexion » et même que « la bibliothèque sans livres, on pourra l’appeler (…) médiathèque, cyber-café ou tout simplement peut-être un jour, l’Univers ».

Comment citer ce livre sans le trahir, quand chacune de ses phrases est un nectar à faire pâlir même Nathanuel Bermoclo.

Lisez-le !