Don’t Panic !

Tels sont les mots inscrits sur la couverture d’un des plus célèbres ouvrages de l’univers, le Guide du Voyageur Galactique (H2G2 pour les intimes). Il m’a semblé ces derniers jours que ce livre, qui peut vous sortir des pires situations (comme par exemple être précipité dans le néant de l’Univers avec une espérance de vie de 30 secondes) à l’aide d’une serviette éponge, et qui détient la réponse à la fameuse question de la Vie, l’Univers et du Reste (42), ce livre donc était probablement la solution adéquate dans ce moment de doute.

Et en effet, dans le second opus de l’Oeuvre M. Douglas Adams, qui s’intitule Le Dernier restaurant avant la Fin du Monde, on peut lire à la page 228 (édition Folio SF) :

Le problème majeur – l’un des problèmes majeurs, car ce n’est pas le seul – l’un des nombreux, donc, problèmes majeurs que soulève l’exercice du pouvoir est fonction de qui on trouve pour l’exercer ; ou plutôt, de qui s’arrange à amener les gens à le laisser l’exercer sur eux. En résumé, il est un fait patent, que ceux-là mêmes qui ont le plus envie de gouverner les gens sont, ipso facto, les moins aptes à le faire. Pour résumer le résumé : quiconque est apte à parvenir à se faire élire président ne devrait à aucun prix être laissé libre d’exercer cette fonction. Pour résumer le résumé du résumé : les gens sont un vrai souci.

Sur cette méditation transcendentale et anarchiste qui me rappelle un peu ma jeunesse, je vais retomber dans mon mutisme printanier, et, le Guide du Routard (le vrai) dans une main et mon ordinateur portable dans l’autre, je pars en exil bibliothéconomique à Barcelone.

« LA » bibliothèque (la nuit)

Je sais pas si vous avez déjà remarqué, mais souvent, l’aspect mythique qui environne ces endroits où l’on conserve et consulte des livres, conduit les gens à parler de LA bibliothèque, comme entité unique, faisant abstraction de la multiplicité des lieux et des natures des bibliothèques. Quand j’étais étudiante, j’allais travailler « à la bibliothèque » et quand j’étais enfant, j’allais à « la bibliothèque » emprunter des romans.

Et de même, Alberto Manguel dans son dernier bouquin (La bibliothèque, la nuit) ne parle pas de "sa" bibliothèque personnelle, mais de "la" bibliothèque : qu’il s’agisse de celle qu’il a constitué dans sa grange, de celle qu’il fréquentait dans sa jeunesse, ou des innombrables bibliothèques mythiques ou réelles qu’ils nous fait visiter en écriture.

D’habitude, j’apprécie vraiment Manguel ; je l’ai même cité une fois ou l’autre sur ce blog. Mais là, je dois dire que j’ai trouvé ce bouquin à l’image de son titre : bizarre, grandiloquent, et même parfois incohérent. La vision qu’il donne de la bibliothèque m’est totalement innacceptable, engoncée dans des a-prioris et une sacralisation mièvre et naïve de la bibliothèque et de l’objet livre. Son rejet clair et net de tout ce qui est numérique n’est même pas argumenté (j’étais curieuse de savoir comment il le justifierait, mais il ne le justifie pas : c’est du niveau du sentiment). Alexandrie, Babel, Dewey, Robinson Crusoe, toutes les tartes à la crème bibliothéconomiques y sont.

Bref, ce bouquin présente quelques historiettes intéressantes du point de vue de l’histoire des bibliothèques, mais elles sont tellement noyées dans la mélasse d’un discours barbant et pompeux sur « la » bibliothèque qu’il m’est tombé des mains avant la fin.

A l’ENSSIB, on cesse de dire « la bibliothèque » : on apprend à les appréhender dans leur multiplicité, leur diversité, leur vraie richesse au-delà du mythe. A la fin on devient « conservateur des bibliothèques », au pluriel : symbole peut-être d’une entrée dans la vie professionnelle où les bibliothèques, devenues réelles, n’ont plus rien à voir avec ce que nous décrit, de l’extérieur, le livre de Manguel.

Le livre libre

Il y a quelques temps je m’étais pas mal amusée sur les sites de musique libre, et voilà que je viens de découvrir la même chose pour le livre.

In libro veritas est un site sur lequel on peut publier et lire gratuitement ; on y trouve aussi bien des auteurs du domaine public que des livres d’amateurs.

Quelque part entre la bibliothèque numérique, l’éditeur à compte d’auteur, la plateforme de blog et le libraire 2.0, il y a In libro veritas. Tous les contenus sont en creative commons.

Ce site m’intrigue. Quelqu’un connaît ? quelqu’un l’a déjà pratiqué ?

Merci à Bloginfo.

Confiture numérique

Trop tard pour structurer, je vais encore devoir tout mettre en vrac.

Je l’avais déjà signalé mais maintenant j’ai une idée de ce qu’il y a dedans : Putting content online : a practical guide for libraries, sept. 2006, par Mark Jordan de la Simon Fraser University au Canada. Plus d’infos.
Il aborde des sujets aussi intéressants que la gestion des droits, la gestion des risques, les identifiants pérennes, les métadonnées, les formats, la gestion de projet et la conservation du numérique : autant dire que je trouve cela intéressant !
Deux chapitres sont accessibles en ligne : Project management et Search and display.
Pour l’instant c’est en anglais, on peut espérer qu’ils vont le traduire en français puisque c’est des canadiens ?! Merci à Noémie pour l’info.

Quelques parutions au Digital Curation Centre :

On peut encore soumettre un poster pour leur conférence, fin novembre.

Quelques lectures concernant le projet Google print et la numérisation de masse :

Enfin, le dossier numérisation sur Bibliodoc.

Pérenniser le document numérique

C’est le premier bouquin en français entièrement consacré à ce sujet :

Pérenniser le document numérique. Séminaire INRIA, 2-6 octobre 2006, Amboise. Ouvrage coordonné par Lisette Calderan, Bernard Hidoine et Jacques Millet. ADBS, 2006.

Epigraphie

Il y a un livre dans mon moteur

Maintenant que l’on sait pourquoi il ne faut pas dire moteur de recherche, je vous propose de parler plutôt des outils de consultation des bibliothèques numériques.
Quelques particularités par rapport aux moteurs classiques du Web : quelle que soit leur génération, les outils de consultation des bibliothèques numériques

  • cherchent dans des collections organisées suivant une logique raisonnée (qu’on appelle la « politique documentaire »),
  • et les choses qu’ils cherchent sont décrites de façon structurée, au moins en partie (avec des métadonnées appelées également notices).

Sans renier la recherche plein-texte, qui peut se révéler utile dans certains cas, on peut observer que dans un contexte de données fortement structurées et organisées, même les spécialistes du plein-texte font reposer leurs outils de recherche sur les métadonnées, et parfois pas que les leurs.

Pour moi un outil de consultation de bibliothèque numérique devrait se constituer de plusieurs couches qui, loin de s’opposer, se combinent. Parmi elles

  • une couche de butinage (par carte, par thème ou par facettes)
  • une couche qui exploite toute la richesse des données structurées
  • une couche de fouille au coeur du texte.

Je suis de plus en plus convaincue que tout cela peut (doit ?) être intégré dans un ensemble cohérent, assez bien exprimé par l’idée d’outil de consultation.

Google print n’offre que la dernière couche, la plus basse (mais il le fait très bien).
Je me suis déjà très longuement étendue sur la première couche qui était une de mes préoccupations essentielles jusqu’à il y a peu.
Enfin pour celle du milieu, le meilleur outil actuellement c’est à mon avis Worldcat.

Worldcat réalise très bien la synthèse entre la recherche simple et les facettes. Dès qu’on a cherché quelque chose, on se trouve devant un choix d’affinage simple, clair et utile, sous forme de liens proposés dans le menu de gauche, liens qui sont regroupés en facettes.
La principale raison pour laquelle je suis si séduite par cette interface, c’est qu’elle est fluide pour l’utilisateur et qu’elle lui épargne la saisie : l’énergie que l’on déploie à remplir les cases d’une recherche par champs. Ce que fait l’utilisateur dans Worldcat, quand il clique sur certains de ces liens, revient à une recherche par champs, mais en s’évitant une saisie fastidieuse (et risquée).
Par ailleurs, comme ces liens sont construits sur des métadonnées structurées, et non sur des analyses automatiques de type clusters, on n’a pas l’impression d’être à moitié perdu mais on garde le contrôle de sa recherche.

Et la lecture devient écriture.

L’art de la numérisation… au bout des doigts

Un nouveau bouquin vient de paraître sur la numérisation : Mark Jordan, Putting Content Online: A practical guide for libraries, Chandos Publishing, September 2006. Tout en anglais of course. Je n’ai bien entendu aucune idée de ce qu’il y a dedans, pour l’instant.

Enchaîné

Sinon, j’aime bien l’optimisme de Lorcan Dempsey : et si les "doigts" numérisés par Google avaient finalement du sens, ou du charme, c’est selon ?

Le Chat du Cheshire

– Et vous, vous faites quoi ?

– Moi, déclara fièrement le Chat, je suis le Bibliothécaire.

– C’est vous qui gérez tous ces livres ?

– Absolument. Vous pouvez m’interroger sur n’importe quoi.

Devinez de quoi c’est tiré ! (Attention, il y a un indice quelque part dans la blogosphère bibliothéconomique ;-)

Mise à jour :

Bravo aux gagnants. Il s’agit bien de Délivrez-moi, de Jasper Fforde, où le chat du Cheshire (qui est bien ce personnage d‘Alice aux pays des merveilles au départ) joue le rôle de bibliothécaire dans la Grande Bibliothèque, celle qui contient tous les livres jamais écrits (y compris ceux qui seront écrits et ceux qui ne seront jamais publiés). A lire absolument.

Allez au Salon du livre !

Le Salon du livre est cette année très recommandable, surtout si vous vous intéressez à la numérisation. Vous pourrez notamment y voir en action deux des fameux numériseurs qui ne nécessitent pas d’opérateur humain (ki disent).

Photo 1 : la figue à l’honneur au Salon du livre.

Photo 2 : le numériseur de Kirtas, qu’on peut voir fonctionner, ainsi que celui (moins convaincant) de I2S.

Photo 3 : Google est toujours présent au Salon du Livre, au même endroit, mais un peu plus ouvert que l’année dernière.

Photo 4 : le dodo du Salon aussi est toujours là.

Vous pourrez aussi acheter le dernier Dominique Sylvain sur le stand de Viviane Hamy, et le dernier Michel Melot (avec des très belles photos de Nicolas Taffin) sur le stand des éditeurs d’Ile-de-France. Donc allez-y, plus qu’une journée et demie.

Image associée au billet

Image associée au billet

Image associée au billet

Le livre, c’est sacré

L’imaginaire du livre, très puissant dans notre société, en fait un objet sacralisé ce qui peut expliquer certaines réticences à passer à autre chose. (Je répète que ce pauvre Gutenberg n’a pratiquement rien à voir là-dedans).

Qu’est-ce qui explique notre attachement viscéral au codex, qu’on pourrait aussi appeler le tourne-page ? Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer sur le sujet une petite citation à la manière de Got :

L’essor du livre-cahier de notes et son passage au livre proprement dit, nous le devons d’abord aux chrétiens et d’une manière générale aux mouvements de religion personnelle du début de notre ère (…) De plus, pour les chrétiens, l’usage du codex leur permettait de se distinguer des Juifs dont les textes sacrés étaient présentés sous forme de rouleau. Ils le sont encore : la Torah, la loi juive, est restée un volumen, unique survivance, dans notre monde, du type de livre usuel dans l’antiquité.

C’était dans Les collections de l’Histoire, oct-dec. 2005 : "Du papyrus au papier, l’invention du livre" entretien avec Jean Irigoin de l’Institut de France.

J’espère que Zid dans son nouveau chez lui Médiévizmes aura quelque chose à dire là-dessus ;-)