IFLA 2010 – Au jour le jour (3)

La 3e journée de l’IFLA, hier vendredi, a commencé en beauté avec la plénière de Hans Rosling. Il nous a invité à revisiter nos idées reçues sur la répartition du monde entre pays développés et en voie de développement. Sa présentation est disponible sur Vimeo ; je ne peux pas vous dire si ce sera aussi décoiffant qu’en vrai, mais je peux vous garantir que nous avons passé un très bon moment. Vous pouvez également visiter le site Gapminder (nommé d’après la mention sur les quais du métro londonien, « Mind the Gap ») où vous retrouverez ses graphiques de statistiques animées, les vidéos de ses présentations à TED, etc.

Ensuite, en ce qui me concerne, j’ai aligné les réunions des « standing committee » / comités permanents des différentes sections dont les activités m’intéressent.
Ces dernières années, dans l’espoir de réduire la durée du congrès et par là son coût, l’IFLA a décidé de rendre optionnelle la deuxième réunion des comités permanents des sections. En pratique, les sections ont besoin de cette deuxième réunion. Déjà qu’on ne se voit qu’une fois par an, cela ne paraît pas excessif de faire le point une fois au début et une fois à la fin de la semaine, ne serait-ce que pour partager le résultat des travaux qui se sont tenus dans les groupes de travail entre temps. La conséquence c’est que cette deuxième réunion n’apparaît pas dans le programme, et qu’elle se déroule en parallèle des conférences.

Bref. Petit aperçu interne de ce qui se passe dans ces réunions.
Les sections, je crois que je l’ai déjà dit, ont un président (chair) et un secrétaire qui animent la réunion. Les membres (élus) de la section siègent à la table, et les observateurs s’installent en retrait (certaines sections, c’est le cas de la section IT, invitent les observateurs à leur table, ce qui n’est possible évidemment que si on est relativement peu nombreux – impossible donc dans une section comme Catalogage).

La réunion commence généralement par un tour de table ou chacun se présente.
Ensuite, les sujets abordés incluent le rapport des sous-groupes ou groupes de travail, le rapport du trésorier sur le budget de la section, la mise à jour (annuelle en principe) du « strategic plan » de la session, et d’autres sujets administratifs.

Ainsi l’année prochaine sera une année d’élections ; sujet qui a été abordé dans la plupart des réunions auxquelles j’ai assisté. Les élections touchent tous les niveaux de l’IFLA, à savoir de bas en haut :
– les membres des sections : si vous voulez devenir membre d’une section, vous devez demander à votre institution (qui doit être membre de l’IFLA) de proposer votre candidature. Les membres sont élus pour 4 ans en deux fois (par exemple, dans l’IT section, certains membres ont été élus pour 2007-2011, et d’autres pour 2009-2013 ; de cette façon tous les membres ne risquent pas de changer en même temps.) Ce processus aura lieu vers le mois d’octobre ; les nouveaux membres siègeront pour la 1e fois à Puerto Rico l’année prochaine.
– les officiers des sections : le président, le secrétaire, le trésorier et le responsable de l’information (qui s’occupe notamment de la Newsletter de la section). Ils doivent être membres de la section et sont élus dans leurs fonctions pour 2 ans. Ils bénéficient d’une formation spécifique, assurée par l’IFLA pendant le congrès.
– les responsables des divisions : l’IFLA a été réorganisée l’année dernière et compte maintenant 5 grandes divisions qui regroupent les sections. Les divisions ont chacune un président qui siège de droit au comité professionnel et au governing board.
– Le comité professionnel et le governing board sont les groupes qui pilotent l’IFLA. Le governing board compte, en plus des membres de droits (les présidents des divisions, le président du comité professionnel, etc.), dix membres directement élus parmi les membres des sections. Le président du comité professionnel est aussi élu. Toutes ces fonctions sont concernées par les élections de l’année prochaine.
– Enfin, le (ou la) président(e) de l’IFLA : il est élu pour 2 ans, mais en décalage 2 ans avant son terme (c’est un peu compliqué). Il prend alors le titre de « president-elect » en attendant que le président précédent termine son terme. Actuellement Ellen Tise est présidente, et Ingrid Parent est « president-elect ». Donc l’année prochaine, Ingrid Parent sera présidente, et un nouveau président-elect sera élu.
Je sais, c’est horriblement compliqué ; mais enfin, il m’a fallu deux ans pour recoller tout cela ensemble, donc j’ai pensé que ça pouvait être utile si je partageais. Il faut savoir qu’on peut très bien vivre à l’IFLA en n’ayant qu’une connaissance minimale de tous ces processus (si on n’est pas officier). Les gens se soucient donc assez peu de vous l’expliquer quand vous débarquez.

Pour en finir avec les comités permanents des sections, un des sujets qui les occupe est la préparation des conférences de l’année suivante, et éventuellement l’organisation des conférences satellites.
Chaque section a en principe un créneau de 2h dans la conférence, mais elles peuvent se grouper et ainsi démultiplier leur temps (comme nous l’avons fait cette année avec la session « Libraries and Semantic Web »).
A Puerto-Rico en 2011, il y aura un satellite sur RDA organisé en collaboration avec le JSC. De notre côté, nous aimerions organiser un événement sur le Web sémantique en 2012 (le congrès aura lieu à Helsinki). Du travail en perspective !

Après tout ça, nous avions bien mérité le délicieux dîner informel de la section IT, que nous avons pris dans un restaurant suédois sur Kungsportavenyn, et la soirée dansante (un autre événement très fameux de l’IFLA : quand les bibliothécaires se mettent à danser…) qui nous a gardés en mouvement jusque tard dans la nuit.

IFLA 2010 – Au jour le jour (2)

Mercredi, après avoir dansé sur ABBA à la session d’ouverture (mais je souhaiterais aussi saluer la performance des deux autres artistes, un guitariste et une chanteuse, qui étaient vraiment époustouflants) nous avons dégusté un déjeuner à base de pommes de terres et de saumon fumé, offert par la présidente. Les sessions de conférence ont ensuite démarré, mais seulement jusqu’à 16h, où nous attendait un nouvel événement : l’ouverture de l’exposition et des stands.

Une nouvelle occasion de boire un verre, et de retrouver (entre autre) les collègues de l’ABES, que j’en profite pour saluer ici. J’ai fait une belle collection de reproches quant à mon manque d’assiduité sur Figoblog, alors, saisie de remords, je me suis dépêchée de m’enregistrer parmi les blogueurs officiels de l’IFLA, ce qui m’a permis d’obtenir un joli ruban bleu pour décorer mon badge.

J’ai également profité d’un peu de temps libre pour visiter la Bibliothèque publique de la ville. C’est un endroit extrêmement agréable, avec plein de fauteuils ikéa et de places confortables pour travailler, une offre de livres dans de nombreuses langues, et des animations variées. On profitait aussi des échos du festival qui a une scène juste en bas sur Götaplatsen.

Le lendemain, deuxième jour de la Conférence, j’ai assisté à la présentation par OCLC de leur nouveau service « Webscale Management System », un service de gestion de bibliothèque « dans les nuages ». Très intéressant, mais c’est encore un travail en cours, qui n’existe que sous forme de pilote aux Etats-Unis pour l’instant.

Juste après cela, le petit sous-groupe de travail sur le Web sémantique que j’anime au sein de la section IT s’est réuni pour discuter de ses actions pour les années à venir. Ces actions incluent la proposition de créer une structure légère, de type groupe d’intérêt spécialisé (SIG), sur cette question au sein de l’IFLA, question qu’il faut maintenant poser aux autres sections intéressées : Cataloguing, Classification and Indexing, et Knowledge Management. Nous avons aussi beaucoup discuté de la convergence des travaux au sein de l’IFLA avec ceux du LLD XG au W3C.

L’après-midi, je me suis immergée dans les questions de catalogage, avec la session de la conférence organisée par la section Catalogage, et la deuxième réunion du groupe ISBD/XML.
A la session, nous avons entendu parler entre autres de FRBRoo et d’identifiants, et de VIAF (de façon impromptue). Mes notes sont sur Twitter ;-)
Dans le groupe ISBD/XML, nous sommes entrés dans d’intéressantes questions de modélisation, incluant en particulier la difficile question de la représentation des « aggregated statements », et celle des référentiels. A nouveau, des discussions seront à lancer avec le LLD XG et elles promettent d’être intéressantes.

La soirée s’est terminée, en ce qui me concerne, à la réception OCLC, l’un des événements mondains les plus courus de l’IFLA. Il faut dire qu’on y mange très bien, qu’on y boit à volonté, que cela se passe généralement dans un lieu exceptionnel (en l’occurrence, le musée des beaux-arts de Göteborg), et que les gens d’OCLC sont toujours aimables, souriants, accueillants… Bref, un plaisir.

IFLA 2010 – c’est parti !

C’est ce matin que s’ouvre officiellement le 76e congrès international des bibliothèques, connu sous le petit nom de WLIC ou congrès de l’IFLA.

Nous sommes à Göteborg en Suède, et pour certains, l’IFLA a déjà commencé : il y a ceux qui font partie des entités officielles de l’IFLA (le Governing Board, les Divisions, et le comité professionnel) qui ont commencé leurs réunions lundi, ceux qui ont profité de l’IFLA pour organiser des réunions internationales sur autre chose, et ceux qui étaient à Stockholm ou dans les îles…

Je fais partie de la deuxième catégorie, puisque j’ai eu la chance d’assister lundi à une réunion sur VIAF, le projet de fichier d’autorité international virtuel. Il a été questions entre autres sujets de l’exposition des données de VIAF dans le linked data, et de l’avenir du projet.

Hier avaient lieu les réunions des « standing committee », les comités permanents des sections. Ils rassemblent les membres de chaque section (qui sont élus pour 3 ans) sous l’égide du président de section (« chair ») et du secrétaire. Les réunions des comités sont aussi ouvertes aux observateurs.
Pour ma part, je suis membre de la section « Information Technology » depuis l’année dernière, au sein de laquelle j’anime un petit sous-groupe qui s’intéresse aux questions de Web sémantique et Web de données. Un sujet qui reste à l’honneur cette année (à suivre) et pour les années à venir (à suivre encore plus).

Le soir se sont tenues les réunions par pays ou langues, dites « caucus » : évidemment j’ai assisté au caucus des francophones, une bonne occasion de retrouver les collègues français mais aussi canadiens, africains, etc.

Pour certains, le travail a commencé sur les chapeaux de roue : ainsi le groupe ISBD/XML qui se réunissait à 8h (oui, 8h !) ce matin. L’avenir appartient en effet à ceux qui se lèvent tôt, car ce groupe a également choisi comme principale orientation la recherche de la convergence avec les technologies du Web sémantique. Ils avaient décidé l’an dernier de « sauter » l’étape XML et de travailler sur l’expression de l’ISBD en RDF. Ces travaux se poursuivent actuellement.

La session d’ouverture du congrès, qui commence à l’heure où j’écris, est un moment très formel et officiel où nous sommes accueillis par le pays qui organise le congrès et la présidente de l’IFLA. Il ne faut pas oublier que le congrès de l’IFLA, c’est plus de 3000 personnes qui convergent vers la ville d’accueil : c’est énorme pour une petite ville comme Göteborg, qui (pour notre plaisir) organise aussi justement cette semaine un festival culturel. Cela fait aussi beaucoup de bibliothécaires dans les rues ;-)

Vous pouvez suivre l’actualité du congrès en temps réel sur Twitter, avec le tag #IFLA2010, et sur le site « interactif » (une nouveauté de l’IFLA cette année) http://2010.ifla.org.

IPRES 2009 (2) – les processus et l’Humain

Un deuxième thème récurrent de la conférence IPRES (après « la valeur et le temps ») c’est l’approche organisationnelle et humaine de la préservation numérique.

J’avoue que je suis arrivée à IPRES avec une attention particulière pour ce sujet, dans la mesure où je présentais moi-même un article, rédigé avec Louise Fauduet, sur les problématiques organisationnelles et humaines du numérique. Le programme m’avait laissé à penser que cet aspect serait peut traité mais en réalité, il était assez omniprésent. Ça prouve, semble-t-il, que « moving into the maintream » n’était pas seulement un vœu pieu pour le titre de la conférence, mais une réalité des actions menées par les uns et les autres.

La question des organisations a été en particulier traitée à travers celle des réseaux et de la constitution d’archives distribuées, et ce en particulier dans la présentation de Martha Anderson de la Library of Congress, et au cours du Panel qui a suivi.
Martha a présenté les résultats d’une étude réalisée par IBM pour le NDIIPP. Elle nous a montré différents modèles de réseaux d’organisations, avec un pilotage plus ou moins fort, et ce qu’ils impliquent en termes d’efforts et de coûts. Le panel portait sur la mise en place de Private LOCKSS Networks.
J’ai bien aimé la réflexion sur le passage à l’échelle de la collaboration. C’est un peu comme la commission européenne… quand on est peu nombreux on arrive à fonctionner de façon informelle, mais si on veut s’étendre et accueillir de nouveaux membres, il faut passer par une phase de formalisation des stratégies, de la politique, de la gouvernance, et aussi des méthodes d’accompagnement et de formation.
Les effets de seuil existent aussi bien sur le plan technique, quand on passe de quelques centaines de GigaOctets à plusieurs dizaines ou centaines de Téra, que sur le plan organisationnel et humain. Cela implique aussi la mise en place d’outils appropriés comme les « micro-services » de la California Digital Library ou le système proposé par Chronopolis.

L’analyse des processus et la mise en place d’outils comme des guides de bonnes pratiques pour fluidifier les processus jouent un rôle essentiel dans cette formalisation.

Il existe des initiatives telles que les travaux réalisés par le réseau allemand Nestor sur la négociation du versement (« Into the archive »), ou les résultats du projet européen Planets. Toutefois on peut se demander, et la question a été posée en ces termes, qui fait réellement de la planification de la préservation aujourd’hui… Les différentes enquêtes réalisées dans le cadre de projets européens (et je dis, différentes, à dessein car il y en a eu plusieurs, souvent apparemment redondantes…) montrent encore pas mal d’incertitudes sur les actions à prendre, les stratégies à adopter, les normes à recommander.

Le lendemain d’IPRES, j’ai assisté à la journée « Active solutions » organisée par le consortium IIPC pour l’archivage du Web, et je dois avouer que j’ai été impressionnée par le degré de maturité de cette communauté sur toutes ces questions.
Leur approche des questions techniques (comme le format WARC) est résolument pilotée par une vision de long terme qui intègre les problématiques de planification de la préservation dès le début de la chaîne. L’après-midi était consacré aux questions d’organisation et de processus.
Cette journée m’a donné à penser que les « web-archivistes », une fois qu’ils auront résolu leurs (enôôôrmes) problèmes techniques, auront tellement d’avance qu’ils seront capables d’absorber tous les problèmes de préservation numérique des bibliothèques, enfin d’en réduire l’onde de choc, un peu comme un gros air-bag. Plus que jamais, préserver la mémoire du Web m’est apparu non pas comme un défi un peu fou, mais comme une action organisée, qui a du sens dans la perspective de l’histoire et des collections.
Une grande bouffée d’espoir donc ;-)

IPRES 2009 (1) – La valeur et le Temps

La conférence IPRES 2009, dédiée à la conservation numérique, vient de se terminer. Elle était cette année accueillie par l’Université de Californie – San Francisco et organisée par la California Digital Library.

Je m’épate moi-même quand je vois la complétude avec laquelle j’avais couvert l’événement en 2006, à Cornell… Aujourd’hui, une bonne partie de mon énergie est passée sur Twitter, où la conférence était couverte en direct par plusieurs personnes (tag #ipres09). Pour ceux qui dorment la nuit, vous pouvez aussi consulter le blog de Chris Rusbridge, qui a couvert en temps réel une bonne partie des sessions, à raison d’un billet par présentation.

Pour ma part, je vais me contenter d’une synthèse assez générale.
IPRES est résolument devenu un événement incontournable pour les bibliothécaires qui gèrent des collections numériques. Cette année le thème « moving into the mainstream » laissait supposer une certaine maturité du sujet et des questionnements liés à la mise en production de la préservation numérique.

Je dois dire que j’ai été frappée par le fait qu’il existe dans la communauté un besoin assez fort de justifier l’intérêt et la valeur de l’activité, et d’articuler les temporalités de la préservation numérique – c’est-à-dire, le passé (ce qu’on essaye de conserver), le présent (ce qu’on sait qu’on voudrait conserver, ce qui est utile à nos utilisateurs actuels) et le futur (les attentes inconnues des futurs utilisateurs à l’égard d’une collection inconnue).
Démontrer la valeur est essentiel dans un contexte où la préoccupation concernant les coûts est omniprésente. Il s’agit donc d’évaluer les coûts et le retour sur investissement, et en particulier la « soutenabilité », donc pas seulement les coûts de départ, mais aussi les coûts continus qui sont nécessaires pour pérenniser l’activité une fois qu’elle a démarré.

La première « keynote » posait la question des archives privées des entreprises, et de leur intérêt public. Qu’advient-il des archives numériques d’une compagnie qui disparaît, et ce dans un monde où les compagnies tendent à disparaître de plus en plus vite ou fréquemment… L’exemple de Brobeck Closed Archive montre le type de « sauvetage » qu’on peut envisager si on intervient au moment où la société est mise en faillite.
Ensuite nous avons assisté à un panel sur les coûts et la soutenabilité, animé par des gens qui étaient impliqués dans le Blue Ribbon Task Force. Plusieurs d’entre eux ont argumenté sur le fait qu’il faut prouver la valeur de l’activité de préservation numérique au regard de l’accès et des utilisateurs actuels, pas futurs. Ainsi pour convaincre, il ne faut pas dire aux gens qu’on va les aider à préserver leur données, il faut leur dire qu’on va les aider à faire leur travail. Mais ce n’est pas évident pour tous les types de collections numériques (penser aux archives du Web…) : on ne peut pas toujours se baser sur la loi de l’offre et de la demande en supposant que ceux qui offrent (les gens qui préservent) et ceux qui demandent (les usagers) sont les mêmes, ou que les premiers connaissent effectivement les besoins des seconds. C’est un problème qu’on connaît bien en bibliothèque.

Les deux autres sessions plénières, l’une consacrée à l’archivage des mondes virtuels, l’autre aux données ouvertes de la recherche, posaient aussi la question de la valeur et du temps.
J’ai bien aimé ces deux présentations, car elles étaient très ancrées dans la réalité du Web d’aujourd’hui, posant la question de la construction de la mémoire du Web, non pas en termes de publications au sens traditionnel, mais en terme de processus, d’humain, et « d’histoire ».
Ainsi pour garder la mémoire des mondes virtuels comme second life, savoir reproduire le fonctionnement du logiciel n’est pas très utile. Ce qu’il faut, c’est être en mesure de conserver le « contexte »de ce qui se passe dans ces mondes, c’est à dire des traces de ce que les gens y vivent et de ce qu’ils en retiennent : des copies d’écran, des billets de blog, des films etc.
Mais au fait : on ne préserve pas le Monde lui-même, seulement des documents qui le décrivent… préserver les mondes virtuels m’a fait l’effet d’une utopie d’historien un peu folle.
En ce qui concerne les données de la recherche, on retombe sur l’enjeu de gérer dans la même temporalité l’ouverture des données et leur préservation. C’est le but du projet Data-pass. Il faut gérer dans un même « mouvement » l’ouverture des données, la confidentialité et les autres questions juridiques, et la problématique de réutilisation des données, le tout dans une perspective de pérenniser les données de la recherche. Quand on parle des « données », cela signifie, pas seulement à travers les vues limitées qu’on en a dans les publications (comme les articles) des chercheurs, mais aussi en rendant possible la réutilisation des données source et la création de nouvelles connaissances.

Finalement, toutes ces réflexions montraient un certain réalisme, parfois un peu désabusé, face à la préservation numérique. On voudrait bien pouvoir conserver tout, pour toujours, mais on n’en a pas les moyens, il va donc falloir choisir. On se pose aussi des questions sur ce que cela nous coûtera de ne pas faire de préservation numérique. Avec le numérique, le nouveau sens de « pour toujours » c’est « pour 10 ans ». Et il ne faut pas avoir honte de faire de la préservation très basique, au niveau du train de bits, car c’est déjà mieux que rien.
Dernière idée qui me semble importante à retenir sur ce thème : la valeur réside dans les contenus et dans l’humain, pas dans la technologie. C’est toujours utile de le rappeler.

IFLA (3) – Impressions du congrès

Hier c’était la fin du congrès de l’IFLA. J’étais encore à Milan pour travailler aujourd’hui, mais il traînait dans l’air une sensation de fin d’aventure, que je ressens souvent au moment de rentrer après ce genre d’événement.
Sans céder à la nostalgie du moment, je vous propose un petit parcours en image de ce 75e congrès de l’IFLA à Milan…

Si on parle de congrès, c’est parce qu’il s’y passe bien autre choses que les conférences formelles, dont vous retrouverez tous les textes dans le programme, pour une bonne part traduits en français.

Il y a aussi des événements moins formels, comme la session du groupe d’intérêt spécialisé (SIG) sur les bibliothèques et le Web 2.0 : une session qui a attiré tellement de monde, et dans une petite salle, que pas mal de gens (dont votre serviteuse) étaient assis par terre…

Le congrès de l’IFLA, c’est aussi un salon avec des stands, et une session de « posters ». D’une façon générale, on passe beaucoup de temps à faire la queue, surtout pour essayer d’avoir à manger.

Pendant le congrès, les différentes sections se réunissent plusieurs fois : deux comités permanents pour travailler, plus d’éventuels sous-groupes de travail sur des sujets particulier. Sans compter les occasions moins formelles bien sûr ;-)

Enfin, le congrès est l’occasion de proposer un certain nombre d' »événements sociaux » qui permettent de découvrir la vie et la culture de la ville qui nous accueille, parfois en grande pompe. Nous avons même eu droit à un concert réservé à la Scala !

Avec tout ça, il faut se garder un peu de temps pour souffler, visiter, se promener et faire du shopping. Devinez ce que j’ai acheté…

Bref, merci à Milan pour ce bel accueil !!!

IFLA (2) – La valeur des données

Comme dans toute conférence internationale, la valeur ajoutée de l’IFLA se situe souvent autant dans les conversations informelles, à la terrasse des cafés, que dans les conférences elles-mêmes.

Parmi les différents points abordés aussi bien de façon formelle qu’informelle, au cours de la conférence satellite à Florence et des premières rencontres qui ont eu lieu dans le cadre du congrès de l’IFLA lui-même, Je vais être obligée de choisir bien arbitrairement ceux que je vais développer, parmi bien d’autres sujets tout aussi intéressants.

Le premier que je vous propose dans cette série concerne la valeur des données.

L’une des questions qui se posent lorsqu’on parle de linked data, ou même simplement d’open data, c’est la question de la valeur. Souvent posée en termes de popriété juridique (licensing), elle témoigne d’une crainte, diagnostiquée comme étant celle des décideurs, que les données soient « volées », « aspirées », ou autrement indument exploitées.
L’analyse généralement partagée ici, plutôt à un niveau perçu comme opérationnel ou technique, est qu’il faut dépasser cette vision héritée du monde des biens physiques et ouvrir les données, faciliter leur réutilisation, aussi bien techniquement que juridiquement. Je parle ici des données produites par la bibliothèque, pas des contenus qui pourraient être couverts par des droits de propriété intellectuelle. Mais en ce qui concerne les contenus, existe également la préoccupation que ce qui est dans le domaine public reste dans le domaine public, et ne fasse pas l’objet d’une nouvelle protection, par les institutions, à l’occasion de la numérisation. Je ne développerai pas davantage sur ce point, et vous renvoie à S.i.lex qui couvre remarquablement tous ces sujets.

Personnellement, ce qui m’intéresse davantage, c’est une approche complémentaire qui consiste à dire qu’un véritable changement de paradigme est nécessaire et qu’il doit porter non seulement sur l’ouverture des données, mais aussi sur la façon de mesurer leur valeur. Les indicateurs portant sur les collections (nombre d’items…) et sur les utilisateurs (nombre de visites/lecteurs) devraient être remplacés par des indicateurs qualitatifs et quantitatifs permettant de mesurer la valeur des données ouvertes : nombre de réutilisations dans différents contextes, nombre de liens, etc.
Cette question de la valeur (et du changement de paradigme) est abordée dans la communication sur l’API d’Europeana que j’ai traduite en français.

Puisqu’on parle de valeur, il se trouve que justement j’ai assisté ce matin à la session sur les statistiques dans laquelle je présentais un article sur les archives du Web (très largement rédigé par Gildas Illien). Dans cette session il était justement question d’évaluation et différentes méthodes et cas d’utilisation ont été présentées.
J’ai été assez frappée notamment par le projet NUMERIC, un projet européen présenté par Roswitha Poll, qui porte sur l’évaluation de la numérisation au niveau européen. C’est surtout la méthodologie qui m’intéresse ici.
L’évaluation continue par des indicateurs fournis régulièrement (type nombre de documents / notices / lecteurs etc.) n’est pas la seule méthode d’évaluation. Lorsqu’on essaye de couvrir un territoire ou une activité qui est au-delà des frontières d’une institution, l’évaluation par questionnaire peut être plus pertinente. Elle permet de réunir des informations sur les pratiques de diverses institutions, de les recouper et de donner une image à un niveau global (national ou européen) de l’impact d’une activité. Evidemment cette image n’est pas continue dans le temps, elle constitue une vision à un moment donné, et elle porte souvent sur un échantillon, plus ou moins représentatif, de données. Mais cela reste une approche essentielle qui permet de toucher du doigt certaines réalités ordinairement difficile à saisir.
C’est probablement ce type d’évaluations et d’indicateurs qui nous seraient utiles pour mesurer l’impact national et international des données ouvertes et leur valeur d’usage.

IFLA (1) – satellite de Florence

L’IFLA commence avec les pré-conférences satellites qui se déroulent dans différentes villes à proximité de celle du Congrès.

Pour ma part, j’ai participé hier et aujourd’hui à celle qui était organisée par la section Information technology, et s’intitulait : Emerging trends in technology: libraries between Web 2.0, semantic web and search technology.

Avant toute chose, je dois dire que c’était une conférence remarquable par son ambiance, le cadre très agréable de l’université de Florence, la qualité de l’accueil, et la sympathie des participants.
Cette bonne ambiance transparaît largement dans le fil Twitter de la conférence ; c’était la première fois que je twittais une conférence en direct, et ç’a été une expérience excellente, sur le plan intellectuel et humain.
Le fait de twitter oblige à se concentrer sur le déroulé des interventions pour en repérer les points saillants ; en suivant simultanément le fil de la conférence, on avait une bonne vision de la réception de l’intervention par la salle et on voyait émerger les questions. C’est aussi excellent pour échanger des liens et des références pertinentes, en temps réel. Et pour se faire de nouveaux amis ;-)
De façon un peu périphérique, j’ai noté ce billet sur l’usage de Twitter dans les conférences… Je pense que vous n’avez donc pas fini de me voir envoyer des twits (à condition que la qualité de l’accès wifi soit aussi bonne à Milan).

En ce qui concerne le détail du contenu de ces deux jours, je vous renvoie à notre remarquable prise de notes collective sur Twitter, et je me contenterai ici d’une synthèse en soulignant les points qui me semblent particulièrement intéressants. Les présentations ainsi que le texte complet des articles seront également disponibles prochainement sur le site de la conférence.

La conférence d’ouverture (Keynote) de Stephen Abrams (Sirsidynix) a donné le ton en prônant la prise en compte des utilisateurs comme priorité numéro un pour les bibliothèques.
Définitivement, l’espace physique et l’espace numérique ne sont plus dissociables, et les relations distantes, à travers des terminaux comme l’iPhone, sont devenues primordiales. Le défi du Web 2.0, c’est le changement des rapports humains : davantage de collaboration, de multimédia, de divertissement, de participation, de gratuité, de personnalisation, de granularité. La bibliothèque de demain, c’est un monde où chacun veut être reconnu comme unique, pouvoir prendre sa clé allen pour construire son propre outil, où on ne cherche pas l’information mais où on la trouve, ou les relations sont plus importantes que les transactions.

Le reste de la conférence a montré que les bibliothèques sont totalement entrées dans l’ère du 2.0, que le Web 2.0 ne se différencie plus du Web tout court, c’est le Web dans lequel nous sommes, et nous commençons déjà à regarder au-delà, vers le Web 3.0.
Cela se manifeste en particulier par un questionnement qui a dépassé les préoccupations que nous avions il y a quelques années, soit purement techniques (comment faire un blog, qu’est-ce que RSS…) soit purement éthiques (est-ce que Wikipedia c’est mal…) Les bibliothécaires ont pris acte de ce nouveau Web, et maintenant leur question porte plutôt sur la dimension organisationnelle de leur présence dans le Web 2.0.
Sont ainsi revenues à plusieurs reprises les questions de compétences, de formation, de profil de recrutement des bibliothécaires 2.0.
La question de l’innovation est aussi essentielle et elle oppose un modèle « disruptif », qui a été présenté par Ken Chad, dans lequel on met en place une équipe dédiée qui lance des réalisations très rapidement et accepte de les voir pour une part échouer, et un modèle beaucoup plus réfléchi (mais qui n’en est pas moins nouveau à mon avis) où les bibliothécaires s’interrogent sur le réel besoin des utilisateurs et envisagent de mettre en place des moyens permettant d’évaluer le retour sur investissement des outils Web 2.0. Ce deuxième modèle a été bien illustré par Laura Rinnovati. En termes d’évaluation, le travail de Pnina Shachaf sur les services de référence en ligne était très parlant.

Au-delà de ces aspects Web 2.0, il a été beaucoup question de l’ouverture des données et de leur mise à disposition dans le Web sémantique. Nicola Benvenuti a défini le Web 3.0 en s’appuyant notamment sur le Linked data (qui en est une des composantes, mais pas la seule.)
Finalement, la conférence était assez peu technique et même sur ces questions, ce qui a été le plus abordé ce sont les aspects stratégiques de la chose : le positionnement juridique sur la diffusion des données, l’utilisation des standards, la mise en place de méthodologies de développement adaptées. Il n’a quasiment pas été question des problèmes de modélisation des données, sauf pour dire (je l’emprunte à Martin Malmsten de Libris) qu’elle peut durer éternellement, et qu’il ne faut surtout pas attendre d’avoir fini pour commencer à mettre en place des réalisations. Anne Christensen, en présentant son très intéressant projet de catalogue nouvelle génération Beluga, a posé la question du « make or buy » : faut-il acheter une solution toute faite ou développer en interne avec des briques open source ? A Hambourg ils ont opté pour le second choix, ce qui leur permet d’employer des méthodes itératives et centrées utilisateur.

Le Web 2.0 et le Web sémantique se rencontrent assez naturellement, à travers des projets de type mash-ups (j’en ai évoqué quelques-uns dans ma présentation) ou des projets comme EnTag de Ukoln qui visent à rapprocher les principes des folksonomies et ceux des ontologies. Sur le même sujet, la présentation d’Alefeh Sharif était très pertinente également.
Evidemment cela m’a rappelé des propos que Got tenait il y a déjà trois ans…

Le grand absent de cette conférence, c’était le troisième thème appelé par le programme : « search technologies ». Nous l’avons un peu évoqué pendant la table ronde, mais surtout pour constater que dans notre communauté, les compétences permettant de maîtriser les technologies de recherche d’information non structurée, voire non textuelle, font cruellement défaut. Ce sera un bon sujet pour une prochaine conférence…

L’IFLA et moi

Comme vous pouvez le lire sur le blog du CFI (le Comité français IFLA), cette année j’ai eu la chance de bénéficier d’une bourse pour participer au congrès de l’IFLA à Milan.

Je vais d’abord assister à la conférence satellite de la section Technologies de l’Information, dont je fais désormais partie. Cette conférence aura lieu juste avant l’IFLA et aura pour thème Emerging trends in technology: libraries between Web 2.0, semantic web and search technology et j’y présente une courte intervention d’état de l’art sur le Linked data.

Le congrès lui-même aura lieu du 22 au 27 août et j’y présente aussi une communication, rédigée avec Gildas, sur les indicateurs des archives du Web.

Tout ceci sera pour moi l’occasion d’accorder enfin un peu de temps à mon blog et de vous présenter mes réflexions au fur et à mesure (j’espère : si les moyens techniques le permettent). Et de décrypter un peu cette mystérieuse entité qu’est l’IFLA…