Pendant que je faisais autre chose que bloguer, j’ai pas mal réfléchi aux implications sur les bibliothèques numériques des services du « web 2.0 », qu’on appelle parfois, dans les bibliothèques, de façon plus traditionnelle, les services d’annotation collaborative ou de « lecture assistée par ordinateur ». Aujourd’hui ces trois appellations ont assez de passif pour faire hurler certaines personnes aussi je préfèrerais parler de services pour les usagers-internautes, tout simplement.
Le premier constat à faire sur ce sujet c’est que nous avons beaucoup à apprendre, encore plus que ne pensais.
Ce qui est intéressant dans un service comme Flickr, c’est sa capacité à être abordé suivant un système de niveaux plutôt performant. Ainsi, quand on découvre le service, on ne va utiliser qu’une, ou deux fonctionnalités : basiquement l’upload et la visualisation. Puis on découvre petit à petit les fonctions d’organisation, les tags, les sets. Puis on sort de son compte et on découvre la recherche, les photos des autres et enfin les groupes.
Plus l’usager avance dans cette découverte fonctionnelle, plus il va être amené à maîtriser les aspects complexes de l’interface. Mais il y a à mon avis deux points essentiels à retenir :
- tant qu’il ne les utilise pas, ces aspects complexes ne le dérangent pas
- il est suffisamment fidélisé par la performance des services de base pour acquérir la culture du site et donc la maîtrise d’outils de plus en plus complexes.
Si on projette cela sur notre bibliothèque numérique, on rencontre d’abord un gros problème d’érgonomie : écartelée entre le « grand public » (voire le public empêché) mythique qu’il faut à tout prix atteindre, et l’afficionados, le chercheur, l’habitué qui est une valeur sûre, la bibliothèque est en perpétuelle oscillation entre simplicité et performance. Il semblerait que trop souvent elle fasse le choix de taper à peu près au milieu entre les deux, ce qui est bien sûr voué à l’échec. Il y a un défi ergonomique à relever, celui d’une interface « à niveaux » dans laquelle on peut d’abord échapper aux fonctions les plus complexes, pour y venir par la suite quand on se sent prêt.
Le second problème, c’est celui des communautés et de la fidélisation des internautes. On peut se donner beaucoup de mal pour faire que les lecteurs se sentent bien dans nos murs virtuels et pourtant ne pas les voir venir, et pourquoi ? Je n’ai pas de réponse toute faite. Je ne suis pas sûre que les nouveaux services du Web seront une réponse adéquate. On va tomber sur le problème du lecteur solitaire : quel lecteur, quand il va à la bibliothèque, a envie qu’on lui tape sur l’épaule au milieu de sa lecture en lui disant "hep, m’sieur, vous avez vu le type en bleu là-bas, il a lu le même livre que vous ! Vous pourriez vous entendre tous les deux !"
(Le cas des étudiants qui ne fréquentent Ste-Geneviève le soir que pour rencontrer les étudiantes qui, elles, la fréquentent pour travailler est un cas à part.)
Je n’ai pas de conclusion toute faite, seulement une proposition : il faut essayer. Relever le défi de mettre en place ces services, vraiment, au lieu d’en discuter, et voir si ça marche. Certains trucs, certaines interfaces ou fonctionnalités semblent franchement absconses dans notre contexte, je le reconnais. Mais sommes-nous bien sûrs de connaître nos usagers-internautes et leurs besoins ?
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