« LA » bibliothèque (la nuit)

Je sais pas si vous avez déjà remarqué, mais souvent, l’aspect mythique qui environne ces endroits où l’on conserve et consulte des livres, conduit les gens à parler de LA bibliothèque, comme entité unique, faisant abstraction de la multiplicité des lieux et des natures des bibliothèques. Quand j’étais étudiante, j’allais travailler « à la bibliothèque » et quand j’étais enfant, j’allais à « la bibliothèque » emprunter des romans.

Et de même, Alberto Manguel dans son dernier bouquin (La bibliothèque, la nuit) ne parle pas de "sa" bibliothèque personnelle, mais de "la" bibliothèque : qu’il s’agisse de celle qu’il a constitué dans sa grange, de celle qu’il fréquentait dans sa jeunesse, ou des innombrables bibliothèques mythiques ou réelles qu’ils nous fait visiter en écriture.

D’habitude, j’apprécie vraiment Manguel ; je l’ai même cité une fois ou l’autre sur ce blog. Mais là, je dois dire que j’ai trouvé ce bouquin à l’image de son titre : bizarre, grandiloquent, et même parfois incohérent. La vision qu’il donne de la bibliothèque m’est totalement innacceptable, engoncée dans des a-prioris et une sacralisation mièvre et naïve de la bibliothèque et de l’objet livre. Son rejet clair et net de tout ce qui est numérique n’est même pas argumenté (j’étais curieuse de savoir comment il le justifierait, mais il ne le justifie pas : c’est du niveau du sentiment). Alexandrie, Babel, Dewey, Robinson Crusoe, toutes les tartes à la crème bibliothéconomiques y sont.

Bref, ce bouquin présente quelques historiettes intéressantes du point de vue de l’histoire des bibliothèques, mais elles sont tellement noyées dans la mélasse d’un discours barbant et pompeux sur « la » bibliothèque qu’il m’est tombé des mains avant la fin.

A l’ENSSIB, on cesse de dire « la bibliothèque » : on apprend à les appréhender dans leur multiplicité, leur diversité, leur vraie richesse au-delà du mythe. A la fin on devient « conservateur des bibliothèques », au pluriel : symbole peut-être d’une entrée dans la vie professionnelle où les bibliothèques, devenues réelles, n’ont plus rien à voir avec ce que nous décrit, de l’extérieur, le livre de Manguel.

Lamentations

Repéré sur Open access news, ce billet de Peter Brantley, bibliothécaire (et même "director of digital library technologies") à l’Université de Californie, à compléter obligatoirement par ces explications.

Parterre de jonquilles

Il s’agit des relations entre l’université en question et le programme Google books, auquel elle a été l’une des premières à adhérer. Peter nous fait part de ses regrets, des « erreurs » qui ont été faites. Ses lamentations ne portent ni sur le projet lui-même, ni sur la participation de l’UC, ni sur les problèmes techniques ou les doutes sur la propriété des images numérisées.

Elles portent sur le rôle essentiel de médiation que, dans son empressement à accepter la généreuse proposition qui lui était faite, la bibliothèque a trop vite abdiqué.

Les bibliothèques, avec leur capacité à se mettre en réseau, auraient dû prendre l’initiative, donner le ton de la conversation, porter le débat sur la place publique sur des sujets comme les droits d’auteurs, le respect de la vie privée ou les usages de l’information pour l’enseignement et la recherche. Elles auraient dû – elles devraient – être un interlocuteur privilégié pour les éditeurs. Elles devraient piloter la collaboration autour de la numérisation, au lieu de la subir.

Une lecture édifiante que ces deux billets.

Petite pause

Depuis 15 jours, il m’est arrivé plein de choses : j’ai eu 30 ans, j’ai eu des cadeaux à la figue,

trucs a la figue

je suis allée en vacances, bref je n’ai pas eu le temps, ou le coeur, de bloguer. Nous voici en mars, mois du printemps, du troisième anniversaire du blog, du bibliocamp, du salon du livre et de bien d’autres choses encore. Une activité ralentie est probable sur Figoblog. Pour me faire pardonner, je vous suggère de découvrir quelques autres blogs qui vous donneront largement de quoi vous occuper.

Mainblanche ("regarder les images") est un blog qui décortique les images et ce qui tourne autour (comme Flickr). On y trouve des anlyses intéressantes par exemple sur Minority report et ses interfaces innovantes. Update en fait il vient de changer de nom et d’adresse : iconique.

Je suis très fan des Chroniques du Luxembourg, déjà parce que j’y vais souvent en ce moment, mais aussi pour son ton incisif pour décrire cet étonnant pays, et d’autres choses. Comme le beurre et la politique, les anciennes technologies ou encore la presse pipole.

Enfin dans un genre un peu plus sérieux, et plus anglo-saxon, sur le blog archivematica on a pu lire pas mal de réflexions intéressantes ces derniers temps sur la définition des archives et de l’information et même l’information numérique. Tout ceci dans le cadre de son "PhD".

Voilà maintenant je vous laisse à vos lectures, et à bientôt peut-être dans la vraie vie.

La figue du druide ménapien

Des figues.

Crue ou cuite, la figue est un fruit des meilleurs
Elle nourrit, engraisse, et sert en médecine.
Elle lâche le ventre, adoucit la poitrine,
Et guérit beaucoup de tumeurs.

Pour les glandes, l’abcès, même les ecrouelles
Son cataplasme a fait les cures les plus belles.
Joignez-y le pavot, elle aura la vertu
De retirer des chairs un morceau d’os rompu.

Figues mûres crevant sur l'arbre

Mauvais effets de l’excès des figues.

Quoique les figues soient si bonnes,
Gardez-vous bien d’en faire excès.
Je ne le conseille à personne ;
Voici quels en sont les effets.

Son suc engendre d’ordinaire
Une humeur qui dispose au mal pédiculaire,
Met un pauvre homme en rut, l’excite à des efforts
Qui dans peu ruinent le corps.

Secrets du vieux druide de la forêt ménapienne… / publiés et mis en langage vulgaire par le sage Aremi. Limbourg : s.n., 1844.

Worldcat identities

Moi aussi j’avais hâte qu’ils annoncent Worldcat identities.

Lorcan Dempsey nous l’avait montré en avant-première aux entretiens de la BnF. Ca avait l’air chouette. C’est carrément bluffant.

En deux mots, c’est un espèce de mash-up de données sur des auteurs : les livres qu’ils ont écrits, quand il les ont écrits, dans quelle langue, ce qu’on a écrit sur eux…

Je vous laisse découvrir.

Gestion des droits dans une bibliothèque numérique

Dans une bibliothèque numérique, gérer les droits a de nombreuses implications : il ne s’agit pas seulement de connaître le statut juridique des documents, du point de vue de la propriété intellectuelle, mais aussi de disposer de licences pour garantir l’accès aux contenus (même et surtout s’ils sont libres), ou encore de contrôler les usages.

Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande cet article de Lionel Maurel sur les langages de gestion de droits, qui permettent d’encoder les droits d’accès et d’usage, afin d’utiliser ces données dans des systèmes.

Petit extrait de la conclusion, auquel j’adhère totalement :

il serait important que les bibliothèques commencent à définir et à exprimer clairement quels sont leurs besoins en matière de métadonnées juridiques. Car en restant trop passives, elles risquent de se voir imposer des standards issus de la sphère commerciale qui ne seront pas forcément compatibles avec leurs exigences.

Je remercie l’auteur pour cet article, qui ne manquera pas d’être un outil essentiel pour les bibliothécaires qui s’intéressent aux droits d’un point de vue technique et pas seulement juridique.

Préservation numérique « pour les nuls »

La préservation des documents numériques est aujourd’hui l’affaire de chacun : en témoigne le site Save my memories de sensibilisation très "grand public" au problème. Son objectif est d’aider les particuliers à comprendre cette problématique et à sauvegarder notamment leur photos de famille pour les générations futures…

C’est quand même assez poussé, on y trouve des conseils pour bien classer ses photos et faire des sauvegardes, mais aussi des comparaisons de supports, des indications sur l’obsolescence logicielle et technologique, et même des consignes pour restaurer son patrimoine en cas de désastre.

En plus, ça ne gâche rien, le site est joli mais sobre, pédagogique mais pas donneur de leçons.

Comme quoi, on peut faire de la vulgarisation même sur ce genre de sujets arides. Et il faut le faire, sinon bientôt les particuliers anglosaxons seront plus au fait de ces problèmes que certaines de nos institutions.

Vu sur Digitization 101.

La bibliothèque numérique du monde

Le projet de "World digital library" a été annoncé dès 2005 par J. Billington, directeur de la Library of Congress. Il y a peu, le monsieur était à Paris à l’UNESCO pour présenter sa bibliothèque numérique du monde : un projet assez différent de ceux qui relèvent de la "numérisation de masse" puisqu’il s’agit plutôt de valoriser des fonds patrimoniaux représentatifs de la culture du monde. Une expo virtuelle géante en quelque sorte.

Bref, je suis tombée aujourd’hui sur le site de la World digital library ou plutôt de son projet puisque pour l’instant, ce qu’il y a à voir c’est surtout une vision… Ne loupez à aucun prix cette vidéo. C’est un petit bijou de marketing, une remarquable mise en scène et en écrans du numérique (et ce n’est pas facile de filmer le numérique).

Je ne sais pas si cette débauche de « hype » bien léché me fait vraiment envie en tant que professionnelle des bibliothèques. Disons que si on m’avait demandé de faire la maquette d’une grande bibliothèque numérique internationale, je n’aurais probablement pas fait cela ;-) Mais il faut avouer que c’est assez prometteur.

A la télé…

Je vais passer à la télé ! Non, je n’ai pas accepté de passer chez Delarue (ceux qui lisent le fil des commentaires comprendront l’allusion) mais je fais une courte apparition, avec mention de mon blog, dans un documentaire qui sera diffusé à 20h40 ce jeudi 8 février sur France 5.

J’engage les amoureux des bibliothèques (en général) patrimoniales (en particulier) à regarder ce très beau film, très poétique comme une balade au hasard dans les rayonnages.

Et merci à Frédéric Laffont de s’être attardé sur mon cas, cela n’a pas été simple ;-)

28% de taggeurs

D’après ce rapport du Pew Internet Project sur le tagging, 28% des internautes américains auraient déjà utilisé les "tags" pour caractériser des ressources.

Le profil de ces taggeurs ? plutôt jeunes (moins de 40 ans), hommes et femmes, blancs et noirs… leur principal point commun c’est d’être des « early adopters », amateurs éclairés de technologies nouvelles.

Le rapport contient une interview intéressante dans laquelle sont discutés l’avenir du tagging, ses avantages et ses inconvénients.

Tout cela c’est bien joli, mais aujourd’hui, à mon avis en France on est très loin des 28% en question. La plupart des sites qui proposent des interfaces de tagging, comme del.icio.us ou flickr, n’ont pas encore traduit leurs interfaces en français et ne sont adoptés que par une frange très restreinte des internautes : des blogueurs, des geeks et autres internautes 2.0…
Alors si une bibliothèque veut lancer un tel service, elle se heurte à un mur d’incompréhension général : à quoi ça sert, quelle différence avec le bon vieux « panier » de mon SIGB préféré, etc.

Si on veut que les « tags » entrent dans les bibliothèques en France, il va donc falloir, à mon avis…

  • trouver une traduction valable pour « tag » : en français c’est affreusement connoté, on imagine tous ces jeunes des banlieues avec leurs bombes de peinture
  • mobiliser les utilisateurs : et en priorité ceux qui ont une pratique du web 2.0, donc les jeunes
  • prouver la valeur du service par une adoption massive et la réalisation d’entreprises d’indexation qui auraient été manifestement impossibles autrement.

Alors, est-ce jouable ? l’avenir nous le dira… peut-être…