Les siences 2.0

Vous n’avez certainement pas loupé, en décembre, la sortie de la version beta de PLoS One, la nouvelle plateforme de la Public Library of Science.

PLoS one, c’est plus que de l’open access : c’est de l’open access 2.0 ! Selon le communiqué de presse, la grande nouveauté (en dehors de la plateforme elle-même) c’est le système de la validation a posteriori ("post publication peer review"). Cette chose, la validation a posteriori, c’est le vrai "plus" du Web, le fait qu’un document, après sa publication en ligne, peut être discuté, complété, confirmé ou remis en cause par tout le monde, donc logiquement, par les pairs.

Comme sur tous les sites 2.0, on crée un compte ; puis, on peut ajouter des commentaires « ancrés » à un endroit précis d’un article, ou lancer une discussion sur un article. L’interface est très chouette et ergonomique (bon ce serait encore mieux si c’était pas aussi intrusif pour créer le compte, et si ça marchait avec tous les navigateurs, mais on va leur laisser le bénéfice du béta…)

Et puis, tout le contenu est en Creative Commons, et ils ont aussi des fils RSS, des blogs et même des T-shirts… Ca doit être cela, le secret : il faut des T-shirts ;-)

Folksobibliographie

Je les range là pour mémoire : quelques articles sur les folksonomies, les communautés et autres problèmes liés aux vrais gens dans le Web 2.0.

Ouf, ça fait un peu de vide dans mon aggrégateur ;-)

Le bon grain de l’ivraie

Chiche que j’aborde un sujet dont tout le monde parle : les folksonomies.

Avec les folksonomies en général, et le tagging en particulier, ce qui fait le plus peur aux bibliothécaires, c’est le problème de la qualité. Olivier Le Deuff dans son article décrit bien les problèmes que l’on rencontre en confiant à des utilisateurs inexpérimentés le soin d’indexer des documents.

Je vous suggère de voir comment Google aborde le problème. Un double problème, en fait :

  • on ne sait pas indexer des images et on n’a pas les ressources pour le faire,
  • les utilisateurs peuvent le faire mais ils sont stupides.

Comment contrôler le travail d’utilisateurs incompétents ? Il suffit de les pousser sur la pente glissante qui les entraîne vers le bas.

Pour preuve, ce nouveau service : Google image labeler.

Pour motiver sa communauté d’utilisateurs, Google présente le taguing sous forme de jeu : vous avez un partenaire tiré au hasard et un peu moins d’1 minute pour taguer un maximum d’images. Pour qu’une image soit taguée, il faut que vous et votre partenaire inconnu saisissiez le même tag. A chaque image taguée, vous gagnez 100 points.

Qu’est-ce qu’on gagne ? Rien, mais la rapidité et l’émulation rendent le jeu prenant et il est difficile de s’arrêter. Du coup, les utilisateurs vont taguer plein d’images, et avec des tags supposés plus pertinents puisque deux utilisateurs les ont choisis en même temps.

C’est très malin, mais à mon avis pas très efficace. En effet, on est plus tenté de « gagner » que d’être utile et efficace, donc au lieu de réfléchir à ce qui décrirait le mieux l’image, on essaye d’imaginer ce que le partenaire va trouver. Au final on aura plein d’images taggées « red », « people », « man », « map » ou « building ». Je ne sais pas si ça aidera beaucoup, mais Google nous le dira.

A part ça, chez Panlibus ils pensent aussi que Google abuse d’utiliser un nouveau terme, "label", alors que le monde entier dit "tag". Franchement.

Quelques réflexions sur les services dans les bibliothèques numériques

Pendant que je faisais autre chose que bloguer, j’ai pas mal réfléchi aux implications sur les bibliothèques numériques des services du « web 2.0 », qu’on appelle parfois, dans les bibliothèques, de façon plus traditionnelle, les services d’annotation collaborative ou de « lecture assistée par ordinateur ». Aujourd’hui ces trois appellations ont assez de passif pour faire hurler certaines personnes aussi je préfèrerais parler de services pour les usagers-internautes, tout simplement.

Le premier constat à faire sur ce sujet c’est que nous avons beaucoup à apprendre, encore plus que ne pensais.

Ce qui est intéressant dans un service comme Flickr, c’est sa capacité à être abordé suivant un système de niveaux plutôt performant. Ainsi, quand on découvre le service, on ne va utiliser qu’une, ou deux fonctionnalités : basiquement l’upload et la visualisation. Puis on découvre petit à petit les fonctions d’organisation, les tags, les sets. Puis on sort de son compte et on découvre la recherche, les photos des autres et enfin les groupes.

Plus l’usager avance dans cette découverte fonctionnelle, plus il va être amené à maîtriser les aspects complexes de l’interface. Mais il y a à mon avis deux points essentiels à retenir :

  • tant qu’il ne les utilise pas, ces aspects complexes ne le dérangent pas
  • il est suffisamment fidélisé par la performance des services de base pour acquérir la culture du site et donc la maîtrise d’outils de plus en plus complexes.

Si on projette cela sur notre bibliothèque numérique, on rencontre d’abord un gros problème d’érgonomie : écartelée entre le « grand public » (voire le public empêché) mythique qu’il faut à tout prix atteindre, et l’afficionados, le chercheur, l’habitué qui est une valeur sûre, la bibliothèque est en perpétuelle oscillation entre simplicité et performance. Il semblerait que trop souvent elle fasse le choix de taper à peu près au milieu entre les deux, ce qui est bien sûr voué à l’échec. Il y a un défi ergonomique à relever, celui d’une interface « à niveaux » dans laquelle on peut d’abord échapper aux fonctions les plus complexes, pour y venir par la suite quand on se sent prêt.

Le second problème, c’est celui des communautés et de la fidélisation des internautes. On peut se donner beaucoup de mal pour faire que les lecteurs se sentent bien dans nos murs virtuels et pourtant ne pas les voir venir, et pourquoi ? Je n’ai pas de réponse toute faite. Je ne suis pas sûre que les nouveaux services du Web seront une réponse adéquate. On va tomber sur le problème du lecteur solitaire : quel lecteur, quand il va à la bibliothèque, a envie qu’on lui tape sur l’épaule au milieu de sa lecture en lui disant "hep, m’sieur, vous avez vu le type en bleu là-bas, il a lu le même livre que vous ! Vous pourriez vous entendre tous les deux !"
(Le cas des étudiants qui ne fréquentent Ste-Geneviève le soir que pour rencontrer les étudiantes qui, elles, la fréquentent pour travailler est un cas à part.)

Je n’ai pas de conclusion toute faite, seulement une proposition : il faut essayer. Relever le défi de mettre en place ces services, vraiment, au lieu d’en discuter, et voir si ça marche. Certains trucs, certaines interfaces ou fonctionnalités semblent franchement absconses dans notre contexte, je le reconnais. Mais sommes-nous bien sûrs de connaître nos usagers-internautes et leurs besoins ?

Quelques lectures en relation :

RSS à la BDIC

Non, ce n’est pas un nouveau message de jargon cryptique, mais simplement une belle découverte : la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine a mis en place sur son site Web un système d’espace personnel largement basé sur RSS.

On peut ainsi choisir quelles parties du site on souhaite voir s’afficher quand on est connecté, mais aussi :

  • les actus de la bibliothèque
  • les fils RSS de grands quotidiens nationaux et internationaux
  • les fils RSS de votre choix – blog ou autre
  • des « fils RSS bibliographiques » qui permettent de suivre l’entrée de nouveaux documents dans les collections en fonction de domaines de recherche
  • la revue de la bibliothèque, Matériaux pour l’histoire de notre temps
  • les nouvelles acquisitions.

On peut même créer des alertes bibliographiques sur les collections de la BDIC ou sur le Web, et les recevoir par mail ou les afficher dans son espace.

Pour moi c’est un peu la réalisation d’un vieux rêve : tout ce que vous avez toujours rêvé de faire avec RSS dans votre bibliothèque sans oser le réaliser. Bravo à eux.

Bibliothèques et communautés

J’en ai un peu marre d’entendre parler à tort et à travers de Web 2.0 et, partant, de bibliothèques 2.0. A la question "êtes-vous un bibliothécaire 2.0" je répondrais volontiers non si j’avais le choix. Comme le dit si justement idsuisse, on ne crée pas un réseau communautaire avec seulement des outils et sans y mettre de sens ; une communauté ne se résume pas à la somme de ses individus.

Si on retourne dans les rayons de la bibliothèque "de brique et de mortier", on y trouvera, niché entre deux étagères, le topos suivant : une bibliothèque c’est un lieu, dans un lieu il y a des gens, donc c’est une communauté. Or il n’y a rien de plus faux évidemment, et s’il suffisait d’ouvrir les portes pour que se crée la communauté cela se saurait, et de même, s’il suffisait de créer un blog ou de lancer un wiki pour susciter une communauté virtuelle, on aurait vraiment à s’en faire de n’avoir pas déjà commencé.

En lisant un document signalé par Librarian.net qui présente plusieurs interviews de bibliothécaires sur le sujet des communautés, j’ai essayé de faire converger ces réflexions et je suis arrivée aux conclusions suivantes.

Un lieu

Bon d’accord, la notion de lieu reste un ciment fort pour les communautés. Mais le lieu ne suffit pas, il faut qu’il soit agréable, vivant. Le lieu se définit essentiellement, en fait, par ce qui s’y passe (valorisation et animation).
L’enjeu principal n’est pas de créer le lieu mais d’inciter les gens

  • à y entrer
  • à y revenir
  • à y rester.

Ces problématiques sont bien connues sur le Web. Comment convaincre l’usager de s’attarder plus des 10 ou 30 secondes moyennes sur le site ? Pire encore, comment le convaincre d’y revenir, encore et encore ? La réponse est simple, il faut faire de l’animation – faire que ça bouge, offrir du service. Pas si facile.

Un modèle économique

Parce que tout cela va bien sûr, en premier lieu, coûter de l’argent. Il faut donc une volonté politique forte pour que cela marche, à moins d’arriver à faire rentrer des revenus en organisant des ventes de livres désherbés ;-) Il faut réussir à dégager un budget spécialement dédié à cette activité de création de communauté, alors que celle-ci est loin d’être identifiée dans la bibliothèque, et encore moins sur le site Web de celle-ci.
Après il y a la question du retour sur investissement : comme le disait justement Karl repris par Hubert, les entreprises qui nous vendent le Web 2.0 y gagnent quelque chose en terme de réutilisation des données, de publicité, etc. Qu’ont à y gagner les bibliothèques ? Tout simplement le droit de survivre, disent certains qui estiment les communautés inévitables.
Bref, on est loin du « plug and play » prétendument apporté par les outils dits du « web 2.0 ». Parce qu’il va falloir aussi…

… des personnels motivés

On construira la communauté avec des gens, et ces gens ça ne peut pas être seulement les usagers. Il faut donc réunir une équipe étoffée de bibliothécaires qui ont envie de créer cette communauté, de l’animer, de la faire vivre.
Eviter que cela soit uniquement lié aux personnes, à savoir un ou deux bibliogeeks prêts à modérer les commentaires entre 20h et 22h (je dis pas que c’est mal, mais c’est pas suffisant ;-)
L’équipe ne peut se construire à côté ou contre le reste de l’établissement : il faut qu’elle emmène tout le monde dans son sillage, éviter l’épreuve de force de la résistance au changement, dont tout le monde ressort perdant.

Un public motivé

Comme pour le lieu, il faut éviter de tomber dans l’idée facile que le public identifié, voire captif, de la bibliothèque est équivalent à sa communauté. Créer la commuanuté va nécessiter de bien connaître ce public, puis de le motiver, de l’inviter à participer à la communauté. Il faudra aussi se débrouiller pour qu’il soit assez nombreux pour atteindre la masse critique.

Pas une communauté, des communautés

Dans la plupart des exemples donnés par les bibliothécaires interviewés, il ne s’agissait pas de créer une communauté autour de la bibliothèque, mais différentes communautés autour de projets s’adressant à un public ciblé : les immigrés, les non-voyants, les adolescents, les étudiants de premier cycle…
Autant de projets que de publics, donc, et chacun doit être vivant, avec des bibliothécaires motivés et un public motivé.

La transparence

Je garde le meilleur pour la fin : il faut jouer le jeu des nouveaux outils et de la communauté, la traiter d’égal à égal, savoir être transparent dans ses actes et ses paroles.
Est-il possible que notre culture francophone, qui hiérarchise et dramatise en général toutes les relations à la fois dans et hors la bibliothèque, sache jouer le jeu de la transparence ? Nous verrons.

Lorsque les bibliothèques françaises commenceront à mettre en place des projets de communautés virtuelles politiquement forts, avec un réel soutien politique et surtout professionnel, un travail sincère d’identification des publics et d’adaptation à leurs besoins, et le tout en toute transparence, je croirai à l’utilisation des outils du web 2.0.

Numérisation, externalisation

La numérisation ça coûte cher, surtout en ressources humaines et en compétences ; et pour une bibliothèque se pose la question des économies qu’elle peut faire grâce à l’externalisation auprès d’un prestataire privé d’une partie des opérations. Cependant, peut-on tout externaliser ? Ceux qui se posent cette question devraient lire ce billet sur le blog Digitization 101.

Les trois principales choses qui ne peuvent pas être externalisées sont les suivantes.

  • La gestion du projet lui-même, c’est-à-dire en particulier les contacts avec le prestataire. Et bien sûr pour cela il faut connaître un minimum la technique.
  • La sélection documentaire. On pourrait l’externaliser, mais la probabilité d’être satisfait du résultat est faible.
  • Les specifications fonctionnelles. Une fois les ouvrages numérisés, qui peut décider quelles possibilités on donnera pour les consulter, ou comment sera organisé l’accès à ces documents ? Tout cela dépend fortement des objectifs du projet et du public cible. Difficile à externaliser, c’est trop important.

Alors qu’est-ce qui reste ? la technique pure : la numérisation elle-même, et la mise en place du système de consultation à partir d’un cahier des charges précis et exigeant. Il n’est pas raisonnable de faire l’économie du reste, la bibliothèque doit rester maître de son projet, de la sélection à la diffusion, afin de s’assurer que son public sera satisfait et que l’image du service sera bonne.

Toute ressemblance avec des faits ou des personnes ayant choisi de faire le contraire est purement fortuite.

Autorités

J’ai découvert via la blog OCLCien de Thom Hickey, un service d’interrogation à distance des autorités noms de personnes de la Library of Congress. Il a une petite interface ici. L’intérêt c’est surtout qu’il est développé sous la forme d’un Web service en SOAP, donc il peut être réutilisé par d’autres applications comme Dspace ou ePrints. On peut voir le fichier WSDL de description du service ici. Il y aussi un autre billet sur Outgoing qui évoque des ressources connexes sur ce sujet.

Combien ça coûte ?

Simon Tanner annonce sur la liste DigLib un rapport sponsorisé par la fondation Mellon intitulé Reproduction charging models & rights policy for digital images in American art museums.

Il y est question de la vente de reproductions d’images par les musées américains : ces services sont-ils motivés par la recherche du profit ou par un autre objectif commercial, de valorisation, de service public, ou autre ? rapportent-ils vraiment quelque chose et peut-on parler de rentabilité, voire simplement d’amortissement des frais ?

Outre ces conclusions qui résultent d’un sondage, des recommandations sont émises pour aider les musées à monter ce type de services, pour quels objectifs, avec quels tarifs.

Les pistes dégagées dans ce rapport sont sans doutes applicables aux services de reproduction payants des bibliothèques. Surtout qu’aujourd’hui, celles-ci se préoccupent de plus en plus de contrôler les reproductions qui sortent de leurs murs, voire de rentabiliser cette prestation de service.