Petite visite guidée de RDA

Pour ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de jeter un oeil au RDA Toolkit, voici un petit guide de ce que l’on peut y trouver (NB : j’avais pris ces quelques notes à l’époque où il était encore en accès libre…)

Si on le déroule dans l’ordre (ce qui n’a peut-être pas de sens, vu qu’il y a des liens dans tous les sens, c’est un hypertexte ;-) mais bon il faut bien commencer quelque part), on rencontre d’abord une introduction qui présente les objectifs de RDA, le lien avec les FRBR et autres standards, et une liste des « core elements ».

Viennent ensuite les sections 1 à 4, consacrées à l’enregistrement des attributs des
– manifestations et items,
– œuvres et expressions,
– personnes, familles et organisations,
– et concepts, lieux et événements (cette section n’est pas encore développée sauf pour les lieux).
Dans RDA, les attributs jouent un rôle essentiel puisque ce sont les éléments qui constituent la description elle-même, et donc qui permettent d’identifier les entités. Chaque entité est ainsi décrite avec des « core elements », qui sont plus ou moins obligatoires, et des éléments additionnels qui ne doivent être utilisés que s’ils sont nécessaires pour identifier l’entité.
Pour tout ce qui peut servir de point d’accès, au sens bibliographique du terme (ce par quoi l’utilisateur cherche), donc les œuvres, expressions, personnes etc., on construit également un « point d’accès autorisé » avec un titre ou nom préféré, et des variantes.

Viennent ensuite les sections consacrées aux relations entre entités.
La section 5 est consacrée à l’enregistrement des « relations primaires » c’est-à-dire les relations structurelles entre entités du groupe 1 : Œuvre, Expression, Manifestation et Item. Elles sont supposées être exprimées dans cet ordre, sauf qu’on peut sauter l’Expression si on veut.
Les sections 6 et 7 sont consacrées aux relations entre les entités du groupe 1 et celles des groupes 2 et 3 (celles du groupe 3 ne sont pas encore développées).
Les sections 8, 9 et 10 sont pour les relations internes à chaque groupe d’entité (le groupe 3, vous l’avez deviné, n’est pas encore développé).
L’expression de toutes ces relations fait appel à des « relationships designators » dont les listes sont enregistrées en annexe :
– annexe I pour les relations entre une entité du groupe 1 et une entité du groupe 2 (ce qu’on pourrait appeler les « rôles »);
– annexe J pour les relations internes entre les entités du groupe 1;
– annexe K et L pour les relations internes aux groupes d’entités 2 et 3.

Ces relations constituent une sorte de spécialisation ou d’interprétation de FRBR, au sens où des choix assez radicaux ont été effectués.
Par exemple, s’agissant des « rôles », le « creator » ne s’applique qu’à l’œuvre, alors que l’expression, elle, a un « contributor ». La manifestation peut avoir un publisher, un distributor, et un manufacturer ; quant à l’item, il peut avoir un owner et un custodian.

Les règles elles-mêmes peuvent porter sur les sources d’informations à consulter (même si « take this information from any source » est probablement la phrase qui revient le plus souvent dans RDA, surtout quand il s’agit des œuvres et ce genre de trucs…), et sur la façon de transcrire les informations. Il y a un certain nombre de règles particulières pour les manuscrits, les documents et œuvres audiovisuel(le)s, ou encore les documents électroniques (y compris des informations techniques et des informations sur les restrictions d’accès).

Enfin pour certains éléments, on dispose de référentiels qui permettent de prédéterminer une liste de valeurs à utiliser.
Noter ainsi que le support se décline en trois éléments :
– le type de média, qui indique le type de matériel à utiliser pour accéder au contenu, dans une liste qui inclut « unmediated: Media used to store content designed to be perceived directly through one or more of the human senses without the aid of an intermediating device » (j’adore…)
– le type de support, à préciser pour chaque média (par exemple si le média est « computer », le support peut être « computer disc », computer tape », etc.)
– et enfin l’étendue (? « extent ») qui indique le nombre d’unités (et éventuellement de sous-unités) qui constituent la ressource : par ex. 3 microfiches, 2 computer discs etc.

Au final, après le rapide tour d’horizon de RDA que j’ai effectué, voici quelques impressions personnelles :
– beaucoup de souplesse : les règles ne sont pas très directives ; elles proposent souvent des alternatives, des exceptions, ou laissent la porte ouverte à l’interprétation…
– du flou, parfois : il faut la plupart du temps décortiquer les exemples pour réussir à comprendre où les règles veulent nous emmener…
– et pas mal d’implicite : il faut connaître ses FRBR sur le bout des doigts. Les RDA ne vous donneront pas de clés pour décider comment dépatouiller les cas complexes et limites d’identification des œuvres. Si vous cherchez à déterminer quelle est précisément la relation à utiliser pour raccrocher le dernier livre de bain que vous avez offert à votre tout-petit et qui s’intitule « la petite sirène » à l’œuvre d’Andersen, autant vous le dire tout de suite, la réponse ne se trouve pas dans les RDA.
Bref, les RDA ne sont pas du prêt à consommer. Il me semble qu’il y a un gros travail d’accompagnement et de documentation à effectuer avant de mettre cela entre les mains d’un catalogueur…

Enfin, sachez que même si vous n’avez pas accès au Toolkit dans sa version payante, vous pouvez télécharger tous les schémas qui représentent les différentes entités, leurs attributs et relations, et incluent les principales définitions.

Une réflexion sur “Petite visite guidée de RDA

  1. « raccrocher le dernier livre de bain […] qui s’intitule « la petite sirène » à l’œuvre d’Andersen »

    Pervers — mais bien d’actualité en des temps où le traçage et la valorisation de la moindre parcelle de propriété intellectuelle soulève des appétits !

    Je suis en train de lire L’ontologie de l’œuvre d’art de Roger Pouivet (2e éd., Vrin, 2010, 978-2-7115-2274-0), dont la problématique me paraît utile à la réflexion dans ce domaine. Si certains ont des avis sur la question et/ou les travaux de R. Pouivet, je suis preneur…

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