Numériser ce n’est pas éditer (2)

Lire aussi le (1) : Les joies de la déconstruction numérique.

Dans le cadre du numérique, les champs d’action des différents métiers de la chaîne du livre sont à redéfinir. L’équilibre auteur – éditeur – lecteur devient biaisé. L’élément livre, qui faisait le lien entre l’auteur et le lecteur dans la bibliothèque, n’était pas une production de la bibliothèque. La numérisation, qui tient le même rôle, en est une.

Et pourtant, apportant une solution au fameux paradoxe de la conservation vs. la communication, la diffusion par la numérisation est clairement une mission de la bibliothèque. Mais on ne se contente pas de scanner un livre : il faut aussi des outils pour recréer un objet physique consultable et compréhensible. La bibliothèque devient productrice de ces outils. Son rôle d’intermédiaire en est changé.

La bibliothèque produit : elle fait acte de publication. Le problème est de définir la frontière entre la mise au public et l’édition, frontière de plus en plus insensible qui amène assez facilement à une tentation d’amalgame.

Dans la numérisation en mode image, les frontières sont relativement simples à délimiter. Pour le bibliothécaire, l’essentiel est de garder l’intégrité de l’ouvrage : le montrer dans une forme aussi proche que possible de celle qui a été communiquée au public à l’origine. On est plus dans le domaine du fac-similé ou de la réimpression que de l’édition.

La numérisation en mode texte pose plus de problèmes car le balisage est une intervention sur le contenu du texte lui-même. Le balisage est-il une forme d’édition ou une adaptation d’un support à un autre ? Il devrait, pour ne pas outrepasser les limites de la numérisation, se limiter strictement à un marquage qui n’interprète pas le texte ou le document, conserver une sacro-sainte neutralité… en admettant que cela soit possible.

L’acte d’éditer, c’est – cela a toujours été – produire ; produire quelque chose de nouveau qui n’existait pas auparavant. L’édition électronique et la numérisation vont utiliser les mêmes matériaux, outils, techniques de base, peut-être la même réflexion sur les interfaces par exemple : mais c’est leur objectif et leur nature qui diffèrent. On parle souvent de la valeur ajoutée apportée par l’édition. Il serait pourtant faux de dire que la numérisation n’ajoute aucune valeur. Mais l’édition ajoute une valeur intellectuelle alors que la numérisation est un acte technique qui s’appuie sur l’existant.

La numérisation et l’édition électronique ne sont cependant pas incompatibles. On peut faire une édition et une numérisation en même temps. Le bibliothécaire, à travers la numérisation, l’interface, les métadonnées, préserve l’intégrité de l’ouvrage. L’éditeur peut dès lors intervenir pour replacer cette numérisation dans un nouveau contexte, produit par un auteur. L’auteur produit le texte, et l’éditeur met en forme pour le Web le texte de l’auteur et assure l’intégration et la relation avec le document numérisé.

Quand on dit « numériser », c’est clair, on se situe dans un contexte informatique. Quand on dit « éditer », rien ne précise le support concerné par cet acte intellectuel. Nous avons dit, « numériser, ce n’est pas éditer » : on pourrait tout aussi bien répondre, « écrire pour le Web, ce n’est pas réimprimer ».

(A suivre)

2 réflexions sur “Numériser ce n’est pas éditer (2)

  1. Je découvre aujourd’hui seulement ce texte et il me pose des questions.

    La numérisation n’est-elle qu’un acte technique ? Proposer des contenus en mode image ou sous un format image n’est-ce qu’un acte technique ? C’est également donner une forme et un sens. Si le web n’était composé que de contenus en mode images, on voit bien que cela aurait d’autres incidences que techniques…

    Numériser n’est pas et ne peux pas être un pur acte technique pas plus que prendre une photo n’est un acte technique.

  2. Pour moi la numérisation est et restera un acte uniquement technique. Il n’y a pas de réflexion, ou de documentation, qui pourrait justifier l’amalgame entre numériser et éditer. Numériser n’est pas un art, cela n’empêche que pour le faire correctement il faut être un expert (Je ne parle pas de talent :p)

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