Les joies de la déconstruction numérique (1)

J’aime bien dire (et mon geek ne me contredira pas sur ce point ;-) que le numérique change à la fois beaucoup et pas grand chose dans la façon dont on appréhende le document, ou même, la bibliothèque.

Quand on essaye de définir ce qu’est une bibliothèque numérique, on en arrive assez rapidement à repartir des bonnes vieilles missions de la bibliothèque tout court : sélectionner, décrire, ranger, communiquer, etc.

Du point de vue du document, la numérisation est un exercice plus complexe que simplement passer un bouquin dans un scanner. Parce que numériser un livre, c’est le déconstruire : il faut ensuite lui rendre son intégrité par les métadonnées, la navigation et les interfaces. La tentation aussi est grande d’en profiter pour rajouter de l’information, voire de l’analyse, ce en quoi il faut aussi se méfier car numériser, ce n’est pas éditer. L’intégrité du document prime donc sur le reste, la numérisation doit tenir pour essentiels les concepts de respect de l’original et de mise en contexte, à la fois à l’échelle du document, mais aussi du corpus ou du fonds dans lequel il se trouve.

C’est seulement à ce prix que la numérisation est utile, parce qu’elle est alors un véritable support de substitution pour le chercheur, parce qu’elle garantit grâce à cette intégrité du document la confiance que peut avoir le chercheur dans la traçabilité du document qu’il étudie (un peu comme pour les vaches folles).

Et tout ça pour dire, avec Zid : non au dépeçage des manuscrits médiévaux, qu’il soit virtuel ou dans la vraie vie (non, on ne s’en fout pas ;-)

A lire aussi, cet article de mon geek qui récapitule un certain nombre de nos idées essentielles sur ce sujet.

Ca faisait longtemps qu’on voulait faire un billet à quatre mains là-dessus, alors je pense qu’il y aura une suite. A suivre donc.

3 réflexions sur “Les joies de la déconstruction numérique (1)

  1. Ah, oui, c’est vrai, le massicotage… Je l’avais oublié celui-là. Enfin bon, personne ne massicote les manuscrits médiévaux. Quand même.

  2. J’aime ce billet, ça me rappelle un jeune conservateur de bibliothèque effondré à la vue du massicotage d’un ouvrage… Mais bon, je pense que la mise à disposition de l’information à un plus grand nombre qu’une poignée de privilégiés doit suffir à le justifier et rendre hommage à tous ces ouvrages qui ont offert leur existence à cette noble cause. Et là je sens que je ravive de vieux débats :)
    Ca reprend aussi un peu la discussion sur l’évolution des métiers de bibliothèque…
    Promis la prochaine fois je ferais un commentaire moins engagé ;)

  3. Dis-donc, ça fait un bien fou d’entendre une prefessionnelle des bibliothèque avoir un rapport lucide et dépassionné aux questions de la numérisation…
    Ca n’a peut-être rien à voir, mais suis-je le seul à être troublé par la tendance qu’ont les directeurs de bibliothèque à ne plus voir que le volet informatique de leurs projets de développement? Une bibliothèque universitaire que je ne nommerai pas a la chance d’augmenter considérablement sa superficie. Plus de livres? Non, des ordinateurs! Comme si la tâche de conservation et de mise à disposition de livres ne méritait plus qu’on s’y intéresse… Un peu embêtant pour des bibliothécaires, non?

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