A Paris, dans le Marais, il y a une jolie rue qui s’appelle la rue du figuier. D’ailleurs, au n° de 1 de la rue, il y a un joli bâtiment qui s’appelle l’hôtel de Sens et qui abrite la Bibliothèque des Arts graphiques.
Juste en face, il y a un figuier.
Le figuier est un arbre sympathique qui pousse volontiers sous toutes sortes de climats, si on est gentil avec lui. C’est moins facile qu’avec ses frères caoutchouteux mieux connus sous le nom de ficus, mais c’est possible. Par contre, à Paris, il ne fait pas de fruits. Pourquoi ?
Et bien, parce que c’est un arbre sensible et timide. Au lieu d’exposer des fleurs affriolantes qui s’ouvrent à tous les vents et sèment leur semence sans retenue, le figuier fait des fleurs repliées sur elles-mêmes qui gardent leur fertilité dans le secret d’une coque percée d’un seul orifice. A l’intérieur, des milliers de fleurs femelles s’épanouissent avant d’être remplacées par des fleurs mâles, sans que les unes puissent féconder les autres.
La figue a donc besoin, pour être fécondée, d’une aide extérieure. C’est là qu’intervient son inséparable ami, le blastophage, un insecte minuscule qui vient amener le pollen dans la fleur, pour donner naissance à un fruit. Le blastophage ne peut se reproduire que dans les figues, suivant un rituel complexe mais intéressant où des mâles pourvus d’un membre énorme délivrent les femelles après leur avoir fait leur affaire… mais je m’égare.
Le plus fou, c’est que certains figuiers, qui ne font pas de fruits mangeables, servent uniquement de pouponnières à ces insectes. Les insectes, en échange, vont ensemencer d’autres figuiers, qui sont eux par contre productifs en figues mais inhabitables. Tout un écosystème.
En fin de compte, pas de figuiers (au pluriel), pas de blastophage. Et pas de blastophage, pas de figue. Evidemment, pas de figue, pas de confiture de figue.
D’où la nécessité absolue des vacances en Catalogne.