RDF et les bibliothèques : FAQ

Ok, c’est un non-sens de parler de « FAQ » pour un sujet sur lequel jamais personne ne pose de questions. Disons que voici quelques réponses aux questions que je me pose souvent à moi-même ;-)

C’est quoi, déjà, RDF ?
Comme son nom l’indique, c’est un cadre de description de ressources. C’est un modèle conceptuel qui permet de décrire des choses. Toutes sortes de choses.

Je suis bibliothécaire. En quoi suis-je concerné par RDF ?
Comme dit, RDF sert à décrire des choses. Or, les bibliothécaires décrivent des choses. Tu es donc très très concerné, cher ami.

Admettons. Peux-tu me dire à quoi RDF pourrait me servir, par exemple ?
Eh bien, par exemple, RDF pourrait te permettre d’améliorer la façon dont tu décris les choses. Non seulement les livres, mais aussi les ressources en ligne, les lieux, les gens, les concepts.

Alors, RDF peut m’aider à améliorer mon catalogue ? Comment ?
Aujourd’hui, ton catalogue est conçu sous la forme de fiches : des fiches bibliographiques, des fiches d’autorité… Toutes ces fiches sont informatisées bien sûr, mais la base de données que tu appelles catalogue fonctionne elle-même comme une collection de fiches.
En conséquence, chaque information qui figure sur une fiche (dans une notice, si tu préfères, que ce soit une notice bibliographique ou une notice d’autorité) n’est compréhensible que dans cette fiche. Si tu l’en sors, tu perds toutes les relations implicites qu’elle entretient avec les autres informations de la notice.
Si tu utilisais RDF pour décrire tes ressources, tu n’aurais plus des fiches mais des données, ce qui veut dire que chaque petit élément de description à l’intérieur de chaque fiche serait explicitement relié à tous les autres, et aurait une signification par lui-même. Tes données seraient beaucoup plus puissantes, indépendantes, libres.

D’accord, alors RDF améliore mes données?
Pas du tout. RDF ne fait que les représenter différemment. Tes données sont déjà très bien : elles utilisent un format complexe et structuré, le format MARC, qui contient déjà beaucoup d’informations intéressantes en expliquant à quoi elles servent (grâce aux fameux $a etc…) RDF ne va pas améliorer tes données, seulement les aider à travailler davantage.

Oui mais… Je ne suis même pas encore passé à XML. Tu ne crois pas que c’est un peu tôt pour regarder RDF ?
Diable non. RDF n’est pas un concurrent de XML. En théorie, tu pourrais complètement sauter l’étape XML. En pratique, c’est vrai que ce sera plus facile si tu sais déjà exprimer tes données en XML.

Alors c’est quoi, la différence entre RDF et XML?
Il y en a de nombreuses. Pour ne pas t’embrouiller, je vais simplement te dire que XML permet de réprésenter tes données sous forme d’arbre, suivant une hiérarchie. L’objet que tu décris (par exemple, un livre) est à la racine de l’arbre. Les éléments de ta notice sont ses branches et ses feuilles.
Avec RDF, tu représentes tes données sous forme de graphe, avec des liens entre les données. Imagine que ta notice est une étoile ; ce que tu décris est au milieu, et chaque élément de description est à la pointe d’une branche. Avec RDF, non seulement tu peux choisir ce que tu mets au centre de ton étoile (un livre, ou une personne, un sujet, un lieu, autre chose), mais en plus, tu ne te contentes pas de suivre le chemin le long des branches, tu sais où tu vas car les relations entre tes données sont typées. Tu peux aussi te promener d’étoile en étoile en cheminant le long des branches.

Autre chose, j’ai entendu parler des FRBR… Est-ce que RDF va m’aider à FRBRiser mon catalogue ?
Mmh, oui et non. Comme je te le disais, RDF ne va pas améliorer tes données. Donc s’il manque des choses dans tes données, comme la notion d' »oeuvre » dans les FRBR, elles manqueront toujours. Par contre, la façon de représenter tes données en RDF est beaucoup plus proche de FRBR que tes notices classiques, justement grâce au principe du graphe et parce que les relations sont explicites et typées.

C’est vraiment super ! Mais quand je lis « RDF – OWL – SPARQL – SKOS – N Triple » et des trucs comme ça, je me dis que tout cela est vraiment trop compliqué pour moi. Non ?
Evidemment, je te mentirais si je te disais que tu vas t’en sortir en un jour avec toutes ces notions et les technologies qui y sont associées. Mais il faut aussi se souvenir que RDF c’est avant tout exprimer les données sous forme de phrases simples (sujet – verbe -complément), c’est-à-dire que c’est avant tout une façon de concevoir les choses, de les modéliser. Avec un peu de gymnastique cérébrale, tu arriveras sans problème à maîtriser le modèle. Quant à la technique, je t’assommerai avec cela après !

Tout ça a l’air très bien, mais cela va me demander un gros effort : peux-tu me promettre qu’il en vaut la chandelle ?
Pas vraiment, hélas, mais ce que je peux te dire, c’est qu’en ce moment il y a vraiment des choses qui se passent autour de RDF. On en entend de plus en plus parler, y compris dans le domaine de l’industrie et dans celui des bibliothèques. Ce qu’il faudrait, c’est que des gens qui ont de grosses masses de données sous la main les mettent en RDF pour permettre de jouer avec et de voir si ça nous aide à faire décoller nos catalogues. Je ne te cache pas que je compte un peu sur toi, là…

Ok, je vois où tu veux en venir, mais je n’ai pas vraiment envie de me retrouver tout seul à utiliser ce format et ne plus être intéropérable avec ma communauté. C’est important pour nous en bibliothèque.
Je te rassure tout de suite. RDF n’est pas un format. C’est un modèle. Tu peux l’utiliser en conjonction avec des formats très répandus comme le Dublin Core. Tu peux l’exprimer en XML. Et tu ne seras pas tout seul, car contrairement aux formats MARC et leurs dérivés en XML, RDF est commun à beaucoup d’autres communautés que la tienne. C’est encourageant pour l’avenir.

Je te remercie. Peux-tu me donner quelques trucs simples à lire pour aller plus loin ?
Je trouve que ce n’est pas facile de dénicher des présentations très pédagogiques de RDF pour l’instant, surtout en français. Mais j’en ai référencé quelques-unes dans mon précédent billet, en particulier celle sur TEF qui est indispensable.
Tu peux aussi lire RDF pour les nuls et plein d’autres billets sur les Petites Cases (attention, certains sont plus techniques que d’autres… celui-là contient une bibliographie en français.)

5 réflexions sur “RDF et les bibliothèques : FAQ

  1. Grand merci. Je sors d’une formation à l’ENSSIB où mes questions sur RDF et ses applications en bibliothèque étaient restées sans réponse. Cet article arrive parfaitement à propos.

  2. Une autre question pour cette excellent FAQ
    Et si ma bibliothèque est une bibliothèque municipale, est ce que c’est vraiment intéressant de modéliser mon catalogue avec RDF? En fait, est ce que ça ne serait pas plutôt à la BNF d’adapter ce modèle afin de le normaliser pour que les éditeurs de SIGB (libres ou pas) puissent l’implémenter? Ou encore mieux ne serait pas l’occasion pour la BNF de concevoir un catalogue national de ce type qui permettrait (par l’intermédiaire des éléments (item) de FRBR) aux bibliothèques municipales et universitaires d’intégrer leurs notices exemplaires à ce catalogue?
    Encore merci pour ton blog et tes articles toujours éclairants.

  3. Génial! Tout simplement bravo. Ca donne envie d’en savoir plus.
    Merci

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