Bibliothécaires et archivistes, semblables mais pas mélangés

Pour entrer un peu dans le débat sur la fusion des bibliothécaires et des archivistes en un troisième corps, celui des archithécaires (célèbres pour leur encodage d’inventaires en MARCXML et leur appétit insatiable pour les baguettes de pain qu’il dégustent en grand nombre au petit déjeûner ;-) je vous propose la traduction partielle d’un billet publié par El opiniador de la profe en espagnol, un vieux post qui a presque trois ans mais a été ressuscité dans Vease ademas plus récemment.

– La bibliothéconomie et la documentation ont toutes deux pour objet un type documentaire ou type d’information que nous appellerons bibliographique : un document produit volontairement, à caractère informatif, à des fins de distribution et de communication, quel que soit son support. (…)

– l’archivistique a pour objet un type documentaire très particulier justement appelé archive : c’est un enregistrement documentaire, quel que soit son support, des actions ou des actes réalisés par des personnes physiques ou morales dans l’exercice de leurs fonctions. En conséquence, il est involontaire et unique.

(…)

Affirmer que la bibliothéconomie, la documentation et l’archivistique ne sont que des branches de spécialisation d’une même pratique et que les « professionnels de l’information » peuvent passer de l’une à l’autre sans aucun problème de compétence (…) c’est comme de dire qu’un médecin et un vétérinaire font dans les grandes lignes le même métier parce qu’ils travaillent tous deux sur des êtres vivants et qu’ils ont tous deux des cliniques où l’on s’occupe des malades.

(…)

Tous deux font des diagnostics, de la chirurgie et prescrivent des médicaments, comme nous faisons tous de la collecte, de la description et de la communication de documents. Mais la différence des types documentaires est telle que ces processus, bien que globalement similaires, se mettent en oeuvre de manière très distincte. (…)

J’aime bien cette métaphore, je la trouve très parlante et j’espère que son auteure me pardonnera cette longue citation et traduction.

7 réflexions sur “Bibliothécaires et archivistes, semblables mais pas mélangés

  1. Si je puis me permettre, la multiplication exponentielle du suffixe -thécaire me laisse un peu dubitatif. Cela dit, j’ai évoqué récemment avec mes collègues notre importante fonction de « goliothécaires » au vu du caractère quelque peu déconcertant de certain de nos habitués (fin de la parenthèse, pardon aux familles tout ça) ;)

  2. La polémique ne m’intéresse pas vraiment, je crois qu’elle a tendance à accuser les différences alors que mon souhait est plutôt de repérer les croisements. Je retire donc « frontières étanches » ;-). Et merci par avance de ne pas caricaturer en me faisant dire que je souhaite définitivement fusionner les métiers de bibliothécaire et d’archiviste.

    Et disons alors les choses autrement :

    Le socle commun entre les professions a, pour certaines situations rencontrées de plus en plus souvent dans le numérique, tendance à s’élargir et il est préférable d’y réfléchir.

    Prenons l’exemple des « archives ouvertes » dans la science. Les questions juridiques posées me semblent bien relever des deux traditions (mais je ne suis pas juriste et donc incertain) : la propriété intellectuelle (v. les polémiques avec les éditeurs) et le droit de la preuve (l’enregistrement marque, pour les disciplines les plus avancées L’antériorité des découvertes).

    Toujours pour ce même exemple : alors que le métier traditionnel de la bibliothèque consiste à récolter des documents à l’extérieur de la communauté pour les mutualiser pour ses lecteurs, il s’agit ici de valoriser vers l’extérieur des productions internes à l’organisme. Inversement, alors que les archivistes enregistraient des documents internes à fin de conservation et pour une communication à la demande limitée et réglementée, les articles scientifiques enregistrés (et demain les données et tout le matériel de laboratoire pourvu qu’il soit numérique) sont potentiellement diffusés à toute la planète.

    Sans doute pourra-t-on trouver des contre-exemples qui montreront que ces croisements étaient déjà présents, la différence est qu’ils deviennent dans certaines situations la norme et que ces situations explosent sous nos yeux.

    La croissance insolente des moteurs transforme cette tendance en ce qui pourrait bien constituer un modèle nouveau de média. Ma proposition vise simplement à réintroduire les raisonnements des traditions des professions documentaires dans ce jeu en admettant que leur définition se déplace.

    Sommes-nous maintenant d’accord ?

  3. Question : dans la métaphore qui compare-t-on aux humains et qui aux animaux ?`;-)

    Le problème est qu’aujourd’hui un document NUMÉRIQUE « produit volontairement, à caractère informatif, à des fins de distribution et de communication » et « un enregistrement documentaire », NUMÉRIQUE, « des actions ou des actes réalisés par des personnes physiques ou morales dans l’exercice de leurs fonctions » est souvent une seule et même entité, tout simplement parce qu’il est possible d’enregistrer et communiquer d’un même geste.

    Il ne s’agit pas de prétendre fusionner deux professions qui ont des vocations différentes, mais de constater qu’émergent des situations qui font appel à des compétences puisées dans les deux traditions. Et quand ces situations deviennent courantes et même parfois dominantes (ex la diversification des moteurs), il est préférable de poser clairement la question plutôt que d’enfermer le raisonnement dans des frontières étanches.

  4. Je ne sais pas… Je suis évidemment très favorable à tous rapprochements entre les professions sur des sujets qui nous sont communs (chose que je mets régulièrement en pratique, en particulier dans le cas de la préservation du numérique). Je suis aussi très pour « réintroduire les raisonnements des traditions des professions documentaires dans ce jeu », c’est même pour une large part mon combat quotidien. Seulement, le concept d’archithécaire continue à me gêner pour plusieurs raisons. Par exemple, le fait de le cristalliser autour des technologies numériques risque de marginaliser dans chacune des deux professions ceux qui travaillent sur le numérique. On pourrait en discuter indéfiniment, mais par blog interposé ce n’est pas l’idéal ;-)

  5. Où sont les frontières étanches ?J’ai passé une partie de ma scolarité dans une école qui forme à la fois des archivistes et des bibliothécaires, sans disctinction de contenu dans la formation, et ce depuis le 19e s. Je suis bibliothécaire et je travaille à 80% sur un projet d’archivage. Et pourtant, dans ma bibliothèque, on a embauché une archiviste pour travailler sur le records management… Pourquoi ? Ne serions-nous pas capables de le faire nous-mêmes ?De plus, je ne vois pas très bien ce que change le numérique là-dedans. Parmi les points communs de ces deux professions, on peut compter la conservation (du papier) : un papier a les mêmes propriétés chimiques, quoi qu’on écrive dessus, tout comme un document numérique est fait de zéros et de uns. Parmi les grandes différences, pour prendre un seul exemple, nous avons un appareil juridique extrêmement complexe, dans un cas comme dans l’autre, mais infiniment différent : acquérir des compétences en droit de la propriété intellectuelle, ce n’est pas la même chose que de connaître le contexte juridique de la preuve et de l’administration.Bien sûr, c’est toujours du juridique, et c’est toujours de l’information, et elle est toujours sur des supports qui ont des propriétés. Mais il y a toujours eu des compétences communes et des compétences très différentes, et je ne vois pas que ce le numérique y change.

  6. Le Canada n’a-t-il pas fusionner les services de la bib national et des archives nationales?

    J’ai jamais fort compris le fossé que les « professionnels de la profession »(les profs et les top managers de bib ou d’archive) veulent entretenir entre bib et archiviste.

    Je ne vais que répéter ce qui a déjà été dit mais en environnement numérique, on a les mêmes problématiques et souvent les mêmes solutions. Il y a seulement une différence de public et d’objectifs (cela suffit-t-il à distinguer nettement deux profils professionels)?

  7. Toutes mes confuses.
    Le Canada a bien fusionné leur bib nationale et leur archives, c’est même marqué dans le premier lien du post.
    Désolé on est Lundi matin et il y avait trop de monde devant la machine à café…

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