Vers des contenus participatifs ?

J’ai été interpellée par ce billet sur ResourceShelf qui évoquait cette annonce d’Internet Archive.

Un événement se produit et pour garder le plus possible de souvenirs de cet événement, on met tout le monde à contribution, tous les volontaires. A la fois pour faire de la politique documentaire – repérer les ressources pertinentes – et pour mettre en oeuvre la collecte elle-même.

Cette démarche est tout à fait dans l’esprit du Web, elle me fait assez penser à Wikipedia.
(Au passage, merci à Tristan pour m’avoir fait découvrir Uncyclopedia, une anti-encyclopédie-wiki qui ne véhicule que de l’information partiale, inutile et drôle – on remarquera que même une initiative de ce genre ne peut se passer de règles du jeu et d’une forme de contrôle par la communauté.)

Les bibliothèques ne pourront pas éternellement faire l’économie de ce genre de démarche participative dès lors qu’elles touchent au domaine du numérique. Les usagers familiers du Web ne comprendront (ne comprennent déjà ?) pas pourquoi un éditeur privé comme Amazon ou des fondations comme Internet Archive les invitent à participer à l’élaboration (ou à l’évaluation) des contenus, alors que les institutions du service public s’y refusent.

Il faudra donc trouver des solutions pour permettre aux lecteurs d’ajouter leur grain de sel dans l’information, sans pour autant mettre en danger la validation de celle-ci. Des systèmes de validation a posteriori sont possibles, les Archives des Yvelines en ont monté un très sympathique consultable ici. N’hésitez pas à demander un mot de passe et à tester les annotations, c’est gratuit et instantané.
Le principe est de permettre aux utilisateurs qui sont en train de consulter les archives de proposer une transcription, celle-ci étant fortement cadrée par les champs prédéfinis par les archivistes. On a ainsi un usage très contrôlé de l’annotation, qui devrait satisfaire à la fois les utilisateurs et les archivistes puisque la marge d’erreur (ou de loufoquerie) est assez faible.

Reste à savoir si les lecteurs marcheront dans la combine, ce qui revient à se demander si les bibliothèques sauront susciter une communauté d’utilisateurs désireux de construire ensemble quelque chose de meilleur. Ces communautés existent sur le Web, elles existent autour d’outils comme Wikipedia et elles existent dans les archives surtout avec les généalogistes. J’ai plus de doutes pour les bibliothèques.

3 réflexions sur “Vers des contenus participatifs ?

  1. Pourquoi ? Quel sont les freins que tu vois – outre des problèmes contextuels, comme le fait que ce ne soit pas la politique maison ? Pourquoi est-ce que cela ne pourrait pas le devenir ?

  2. Ca peut le devenir bien sûr, ça doit, ça le deviendra, j’en suis persuadée. Mais cela demande une sacrée évolution des mentalités pour les bibliothécaires, car pour eux c’est la validation qui a toujours primé et qui est au coeur du métier. Validation au niveau de la collection par la sélection des livres, validation de la description par le catalogage, validation du contenu par des processus de numérisation considérés comme fiables comme le mode image. On ne pourra pas se passer de toutes ces étapes de validation car elles sont au coeur de ce que les bibliothécaires peuvent apporter dans le domaine du traitement de l’information. L’enjeu est seulement d’accepter qu’on puisse y ajouter autre chose, et accepter que cet « autre chose » ne soit pas entièrement parfait ni entièrement contrôlé, qu’on laisse donc aux usagers de la collection le soin de faire une forme de tri dans cette information qui vient s’ajouter aux ressources collectées et traitées par la bibliothèque. Il faudra donner aussi aux usagers les moyens (techniques ou autres) d’effectuer ce tri et de laisser à leur tour la trace de leur passage, car c’est la somme de toutes ces traces qui finit par créer du sens. Il y a encore beaucoup de travail et il me paraît essentiel que des gens qui connaissent bien le Web s’impliquent pour aider les bibliothécaires à faire évoluer leur façon de procéder dans ce sens.

  3. Explique moi encore un peu les choses Manue. Bon, la sélection des livres, je comprends. Chacun fait des sélections différentes, en fonction de son public, de ses priorités, voir de ses goûts. J’ai un peu plus de mal à comprendre ce que tu entends par validation de la description. Le catalogage est assez normé (auteur, titre, éditeur, nombre de page… voir : http://www.scd.univ-lille3.fr/methodoc/cours/typedocument/catalogage.htm ). Si, je ne me trompe pas, ce catalogage aujourd’hui est partagé (j’ai peur de me gourer là) ? Car, à quelques éléments prêts, la notice qu’on trouve à la BNF ou sur Amazon est la même (il manque quoi ? La côte ? Ce n’est même plus une variable différente pour chaque bibliothèque en plus, non ? Ou je me trompe ?). Passons sur la numérisation.

    J’aime bien l’idée des traces que chacun laisse sur un livre. Ce qui change avec le web, c’est que ces traces sont lisibles et qu’on pourrait même savoir la qualité de celui qui a laissé des traces sur un livre. C’est un peu comme si on regardait dans la base de données des emprunteurs… On y verrait, tel professeur, tel bibliothécaire, tel expert, tel public donner ses avis. Il y a de quoi faire un véritable Book Genome Project.

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