Google scholar et au-delà

La sortie de Google scholar a fait à peu près autant de bruit dans la blogosphère qu’un coup de gong, et j’hésitais à me lancer dans le chorus général car je ne voyais pas trop quoi apporter de plus. J’ai donc décidé d’attendre que le soufflet retombe un peu mais je crois en effet qu’il serait dommage de ne pas en parler du tout.

Google scholar est un outil assez époustouflant. Si on cherche des ressources dans un domaine « académique » quel qu’il soit, surtout anglophone mais pas seulement, il ne nous déçoit pas et fournit la même profusion de ressources que Google tout court.

Il fait un pas de plus dans la classification des ressources, en différenciant les références d’articles (citations), les articles en pdf, les livres.

Il fait un pas de plus dans la description bibliographique, en donnant dès le premier écran, le titre mais aussi l’auteur, la date, la source, les différentes versions.

Il fait un pas de plus dans la mise en contexte, en donnant le nombre de citations connues pour chaque référence, et en permettant d’afficher ces citations avec leurs propres citations.

Il fait un pas de plus dans la localisation, en proposant, pour les livres, de les trouver dans une bibliothèque, voire dans votre bibliothèque s’il identifie d’où vous vous connectez.

Bon, allez, je l’avoue, la première fois que j’ai testé Google scholar, je me suis dit, oups, vite, je dois trouver un autre métier ! Je pense finalement qu’il serait bon de relativiser cet emportement. Il y a quand même des limites, les mêmes que depuis toujours, la principale étant l’opacité de Google scholar. Quelles ressources indexe-t-il ? quel algorithme utilise-t-il pour les classer ? Et la stratégie googelienne de plus en plus englobante d’omniprésence n’a rien de rassurant.

Et puis, une des choses qui me frappe le plus, c’est le déferlement d’outils dérivés que crée la sortie de ce nouveau moteur. On connaissait déjà les outils développés par Ingenta, et le comparateur de recherches de Peter Jasco. J’ajouterais une extension pour Firefox qui utilise OpenURL pour lier les notices (oui, maintenant je pense qu’on peut dire ça) de Google scholar au plein texte des articles, extension qu’on peut adapter à son propore résolveur OpenURL au prix d’un peu de geekerie (merci à Library Stuff). Et encore le bookmarklet de visualisation qui permet d’avoir une vue graphique des articles citant une référence (merci à Open Access News).

Ma conclusion, toute personnelle, c’est que Google scholar est sans aucun doute un outil formidable. C’est aussi et peut-être surtout, le « bruit du gong », celui qui va nous réveiller, nous sortir de nos acquis, nous rappeler que non, nous n’avons pas fait le tour de la question du signalement des ressources validées, et que non, nous ne pouvons pas nous passer de l’innovation permanente et quotidienne qui conditionne notre survie.

5 réflexions sur “Google scholar et au-delà

  1. En espérant que l’avenir des chercheurs ne sera pas conditionné à la présence de leurs articles et au nombre de citations dans Google Scholar. Autrement dit que nos chers ministères de tutelle ne l’utiliseront pas pour faire de la bibliométrie…..
    En tout cas, merci pour cette fine analyse bibliothéconomique ;-) Si ça intéresse, j’essayerai de la compléter par un retour d’expérience pour les éditeurs scientifiques, souhaitant voir leurs productions électroniques apparaître dans Google scholar. Soi-disant qu’il suffit de les contacter….

  2. Soi-disant qu’il suffit de les contacter….

    Tu l’as dit. Plusieurs semaines que j’ai soumis certaines publications et je n’ai toujours rien vu venir sinon une lettre-type me disant qu’ils avaient pris bonne note de mes propositions.

    Il serait temps que quelqu’un commence à s’inquiéter car si l’arbitraire d’un moteur de recherche peut (à la limite) être supporté pour le web général, il est franchement scandaleux pour les publications scientifiques où on peut difficilement justifier que la visibilité cad l’importance des publications soit déterminé par l’algorithme secret d’une société commerciale.

    On attend avec impatience les nouveaux héros d’une « google scholar war »…

  3. Tout à fait d’accord avec ce cher Got… Et nous ne savons que trop bien qui sont les bibliométrophages fous et comment ils travaillent ! Méfiance donc.
    D’autant plus que pour les sciences humaines, Google scholar ça n’est pour l’instant d’aucune efficacité. Hélas. Hélas ?
    Ceci dit, TB ce nouveau style. Voyant cela, je me morfonds toujours et encore plus sur 20six. Prendre le temps de passer à Lodel… Soupir…

  4. Merci beaucoup à tous les 3 d’avoir répondu sur cet épineux sujet. C’est bien d’avoir l’autre point de vue (celui des producteurs de l’information scientifique, et pas seulement celui de la rehcerche documentaire). Je n’avais pas pensé au problème de la bibliométrie, mais c’est vrai que le risque est réel, vu les utilisations de Google qui ont pu être faites par exemple devant un tribunal… Dans un autre genre, voir aussi le post d’Outils froids !

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