CPV en orbite

Cela faisait un moment (en fait, un an et demi) que j’attendais ça : nous avons enfin lancé le Centre Pompidou Virtuel. On va pouvoir arrêter de l’appeler comme ça et parler simplement du nouveau site du Centre Pompidou.



Comme tous les sites Web, il n’est pas parfait, il va devoir encore beaucoup évoluer, nous avons encore plein de projets (heureusement, sinon je serais en plein baby blues…) mais c’est quand même un grand moment de bonheur !

Bien sûr ma communauté d’intérêt favorite, informée de l’événement sur Twitter, s’est jetée sur le nouveau joujou à la recherche du RDF… et en est revenue toute dépitée. Oui, c’est vrai, le Web sémantique est au cœur de la machine mais on ne le diffuse pas pour l’instant. Comme je l’expliquais à l’IFLA cet été, nous n’avons pas fait du Linked OPEN Data mais du Linked ENTERPRISE Data. C’est à dire que nous avons appliqué les technologies du Web sémantique à nos propres données afin de construire notre propre service.

C’est quand même du Web sémantique, du vrai de vrai, et notre site est véritablement construit dessus, en production. J’ai eu l’occasion d’expliquer tout ça, avec l’aide de Got qui a présenté quelques projets complémentaires, lors du séminaire IST de l’INRIA en début de semaine. (C’était vraiment bien, si vous n’avez pas pu y assister, je vous recommande le livre).

Est-ce que cela signifie qu’on va en rester là ? Pas du tout.
La première étape sera de rendre le RDF plus visible en intégrant des métadonnées (probablement du Schema.org) dans les pages HTML. Comme cela, on exploitera la richesse des informations disponibles tout en les rendant accessibles à d’autres et en améliorant notre stratégie de référencement.
La deuxième étape sera de développer des mécanismes permettant à d’autres de réutiliser nos données, et d’y associer la licence ouverte qui va bien. Je l’ai dit plusieurs fois dans des conférences, c’est une suite logique, et cela s’inscrit complètement dans l’ADN du projet qui est par nature ouvert.
Mais avant d’y arriver, il va falloir traverser en louvoyant deux couches d’astéroïdes.

La première est liée au statut des contenus : en tant qu’œuvres du XXe et XXIe siècles, ils sont pour la plus grande partie encore protégés par les droits de propriété intellectuelle.
À ma connaissance, l’ampleur du chantier de collecte d’autorisations que nous avons entrepris est sans précédent (nous ne pouvons nous réfugier ni derrière le domaine public avec une barrière temporelle ni derrière le fair use anglo-saxon).
Ce sont souvent des négociations et des explications avec des personnes qui ne sont pas familières avec la technologie et qu’il faut rassurer sur notre démarche. On veut construire le site avec eux, pas contre eux, et cela nécessite d’avancer pas à pas.
Aujourd’hui, le fait que les contenus peuvent être protégés même si les data sont libres est un discours qu’on a même du mal à expliquer à des professionnels de l’information, alors avec les ayants droit cela risque d’être un long chemin semé d’embûches.

La deuxième difficulté tient à la nature de l’institution et de son activité. Moi qui viens des bibliothèques, je suis imprégnée jusqu’à la moelle d’une culture de l’échange de données qui est pour nous une évidence. Dans les musées, j’ai l’impression qu’il faut commencer par démontrer la valeur ajoutée de la démarche, et aussi rassurer, sur le plan institutionnel, sur le fait que l’institution ne va pas se trouver dépouillée de ses ressources propres si elle ouvre ses données.
La démarche de faire du site du Centre Pompidou un immense centre de ressources offrant gratuitement l’accès à tous les contenus numériques n’était déjà pas une évidence et a représenté plusieurs années de travail. Nous travaillons quotidiennement à réconcilier cette approche « documentaire » perçue comme un ovni avec les besoins de visibilité concrets et immédiats de nos collègues dans les autres services.
L’idée que ce centre de ressources doit être ouvert sur l’écosystème du Web, interagir avec d’autres jeux de données, les enrichir et s’en enrichir à son tour est pour moi une évidence, mais institutionnellement cela a besoin d’être approfondi, expliqué et démontré. C’est un de mes chantiers pour les mois à venir.

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