La Tentation

Ce sujet a été abordé à IPRES. Et si la numérisation (et la perspective de sa conservation sur le long terme) avait un effet pervers : les décideurs pourraient penser qu’il n’est plus utile de conserver les originaux, et en profiter pour les vendre au meilleur prix afin de réinvestir dans autre chose.

La tentation de St Antoine, par Callot

Cette tentation ne paraît pas si hallucinante, quand on voit qu’à Karlsruhe des gens sont prêts à revendre les manuscrits de la bibliothèque, sans même avoir songé à les numériser d’abord !

Je trouve totalement scandaleux qu’on puisse seulement avoir l’idée de vendre ce genre de patrimoine dans une bibliothèque, quelle qu’en soit la raison (enfin, encore si c’était pour sauver des gens ou résoudre définitivement le problème de la faim dans le monde). Et il m’est tout aussi odieux de penser qu’on puisse sacrifier sur l’autel de la numérisation des originaux qui n’ont fait de mal à personne.

Quand on commence un projet de numérisation, il est essentiel de défendre dès le départ le principe d’intégrité des originaux : une intégrité qui suppose qu’on ne les détruit pas, et qu’on ne les aliène pas non plus.

Dans un environnement patrimonial, la numérisation devrait également jouer son rôle conservation préventive : la communication des originaux n’étant dès lors accordée que si elle est vraiment nécessaire (je sens que là, certains de mes lecteurs vont commencer à me détester ;-). Mais cela suppose alors de mettre au point des outils de visualisation très performants, qui vont très au-delà d’une simple copie des fonctionnalités du livre.
C’est à ça qu’on différencie(ra ?) une véritable interface de consultation de bibliothèque numérique, faite pour la lecture (et, dans le cas des manuscrits, participant au plan de conservation d’une bibliothèque patrimoniale) d’une interface de butinage dont le but est manifestement d’inciter à se procurer une version "papier" de l’original.

Tiens on dirait que ce billet m’a entraînée plus loin que je ne voulais aller au départ…

Illustration : petit clin d’oeil à Belit Seri qui comme moi apprécie cette estampe de Callot.

2 réflexions sur “La Tentation

  1. Vendre les oeuvres originales, c’est ce qu’a fait la Librairie du Congrès lorsque les premiers portages sur microfilm apparurent.
    Ils ont depuis fait marche arrière.

  2. Ca explique pourquoi les américains sont sensibles à ce risque, cette tentation ! J’avoue que cela ne m’était même pas venu à l’idée avant qu’ils en parlent lors de cette conférence.

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