Changer les catalogues

Les bibliothécaires américains semblent être en train de constater qu’il y a un vrai problème avec les catalogues de bibliothèque actuels, et un sacré besoin d’évolution. Les rapports fleurissent sur le sujet, en voici deux :

J’avoue avoir été carrément déçue par le second. J’aurais peut-être dû lire attentivement les annexes plutôt que de me contenter de parcourir les recommandations, mais globalement, ce qui est proposé me paraît assez peu novateur. Faire de la recherche fédérée, mutualiser le catalogage, mieux intégrer les ressources électroniques, je ne vois pas bien ce qu’il y a de révolutionnaire là-dedans. Enfin le rapport ne cesse de faire référence à un modèle économique abscons suivant lequel il faudrait équilibrer les dépenses liées au catalogage et la « demande » des utilisateurs pour ce « produit ».

Le premier est un peu plus ouvert vers les usagers et comporte quelques idées innovantes apparemment un peu plus appronfondies. On y trouve par exemple des réflexions sur les différents formats de métadonnées, l’extraction automatique des descriptions, la recherche plein texte et l’utilisation des FRBR. Idées qui n’était pas absentes de celui de la LoC mais qui sont ici mieux développées.

Je m’attendais à voir des recommandations sur l’annotation des notices par les lecteurs en mode wiki et la mise en places des recommandations d’ouvrage à partir de ce qu’on à déjà consulté (à la Amazon). Apparemment, ce sujet est évoqué mais pas intégré dans les propositions d’évolution ; admettons qu’il est trop tôt.

Par contre, on continue de voir le catalogue comme un outil à la fois unique et ambivalent, LE lieu où l’on produit ET consulte les notices. Il y a là un problème : comment un tel produit intégré pourrait-il s’adapter aux innombrables usages possibles qui naissent et perdurent sur le Web ? Moi je verrais bien l’évolution du catalogue vers un statut de base "pivot", contenant des données en XML qu’on pourrait réutiliser à volonté, dans des applications adaptées aux différents types d’usagers.
Celui qui veut feuilleter, parcourir, découvrir au hasard devait pouvoir le faire. Celui qui veut améliorer le catalogue, donner son avis, devrait pouvoir le faire. Celui qui a une bibliographie de son prof et doit trouver rapidement la dernière édition d’un ouvrage courant dans la bibliothèque la plus proche devrait pouvoir le faire. Celui qui utilise Google parce qu’il ne sait pas que les bibliothèques existent devrait pouvoir tomber sur nos données. Celui qui cherche un truc précis et rare, même si c’est au bout du monde, devrait pouvoir le trouver très vite. Celui qui veut dépouiller intégralement un fonds ou une partie de collection devrait pouvoir le faire. Ce ne sont que quelques exemples.
Non, il n’y a pas un « consommateur » type du catalogue unique et indivisible. Il y a des usages, multiples, différents, et aucun outil miracle ne saura tous les contenter. Il faut des données fiables et souples, qu’on peut sortir, transformer, adapter, réutiliser. Pour moi c’est ça le futur du catalogue.

(Je me suis emportée, là, mais j’ai encore plein d’idées que je mettrai dans d’autres billets. Et vous ?)

2 réflexions sur “Changer les catalogues

  1. Par « outils » tu veux dire les environnements de travail ou des trucs du genre ? Non, je n’ai rien vu de tel (mais je n’ai pas lu les deux rapports en détail). C’est toujours LE catalogue comme outil unique qui est envisagé, c’est bien cela qui m’agace d’ailleurs.

  2. « devrait pouvoir le faire » : une expression que je vole pour la future Charte de la bibliothèque :-)

    un aspect n’est pas traité ici (est-il évoqué dans les deux rapports ?) : celui des outils à mettre à disposition des usagers

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